8. PREMIERE SESSION DE DIFFUSION ET DE COMMUNICATION DU PROJET
Cluj-Napoca, Roumanie, les 8 et 9 mai 2008

THEME
Du pré-primaire à l'Université,
une volonté politique et une recherche de cohérence

Une région d'Europe
construit un accès au multilinguisme
pour tous

SYNTHESE

JACQUES-ANDRE TSCHOUMY
Chef de projet SCALA transEurope
jatschoumy@bluewin.ch
RO Cluj-Napoca et CH-Neuchâtel
30 mai 2008

VUE D'ENSEMBLE

Les 8 et 9 mai 2008, à l'initiative de la Section roumaine (AEDER) tout nouvellement reconnue par l'AEDE Europe, à Bruxelles, soit l'Association Européenne Des Enseignants, et soutenue financièrement par la Mairie de Cluj-Napoca, s'est tenue la première session de diffusion des propositions de SCALA transEurope, projet suisse d'intérêt européen, qui s'est clos récemment, en mars 2008, à Genève.

Cette premier session sera suivie d'autres en Bulgarie, en Pologne, en Hongrie, en Suisse et en France ( Alsace et Lozère).

Elle avait pour fonctions:

  1. de mettre en interface le système roumain d'éducation bilingue, centralisé au Ministère de l'éducation, et les thèses du Manifeste sur l'enseignement/apprentissage bi/plurilingue émis par SCALA transEurope.
    Cet examen comparé a révélé une très large adéquation sur de nombreux axes de politique linguistique de la Roumanie. Diverses recommandations ont été évoquées
  2. de répondre au Pacte pour l'enseignement du Minicipium de Cluj-Napoca visant à mettre en place un système cohérent et co-construit par politiques et scientifiques d'un site d'enseignement/apprentissage sur l'ensemble des niveaux d'éducation aux langues, de l'âge de 2 ans à l'Université, et à la formation continue en entreprises.
    Cet examen a été tronqué, car il s'est déroulé en l'absence à la Table ronde de la majorité des politiques ou universitaire invités ( UDMR, PSD, PDL, PNTCD, PL, recteur de l'Université ), empêchés par un calendrier non prévu d'échéances électorales communales. Cette absence aura évidemment perturbé le programme de la session. La situation particulière de la minorité nationale hungarophone (20 % en Transylvanie) a été évoquée
  3. de commémorer le 9 mai, Jour de l'Europe, en compagnie d'un Lycée récemment promu "Ecole européenne", le Lycée Mihai Eminescu, de Cluj-Napoca

Un suivi à cette première manifestation est prévue par l'AEDER en 2009 déjà.


LE CADRE ROUMAIN ET TRANSYLVANIEN

L'enjeu de l'implémentation en Roumanie d'un apprentissage des langues performant est double:

  • d'une part, doter les citoyens roumains d'un bagage de savoirs, de mentalités et d'habitudes comportamentales qui les aident à affirmer une valeur ajoutée au creuset social et économique européen
  • d'autre part, ouvrir au marché européen un grand potentiel de ressources humaines pourvues de compétences de communication aux standards communs, prévus dans le CECR.

La palette assez vaste de langues enseignées en Roumanie relève déjà d'un terrain propice à la promotion du multilinguisme. L'apprentissage général est dispensé en roumain L1, langue officielle, mais les apprenants provenant des minorités peuvent suivre leur instruction dans la langue maternelle L2 : hongrois, allemand, turc, grec, serbe, etc. La première langue de large diffusion internationale, L3 (anglais, en général) est introduite en pré-primaire et primaire (à l'âge de 4-6 ans) et la deuxième langue de large diffusion internationale L4, en gymnase (à 10-11 ans).

La région de Cluj-Napoca, située au coeur de la Transylvanie, est une des régions roumaines les plus appropriées pour la diffusion de ce projet: multiculturel et multilingue par sa population roumaine, hongroise, allemande, tzigane, avec ses 10 lycées bilingues (français, allemand, anglais, espagnol, italien et portugais), où l'enseignement est dispensé en roumain, langue officielle du pays, mais aussi dans la langue des minorités hongroise et allemande. Elle est fière de son université avec des lignes d'études en hongrois, allemand et français.

Un autre considérant en faveur de la dissémination des résultats de ce projet est la volonté politique de faire de cette région de l'Europe un espace exemplaire pour l'enseignement européen, un promoteur du multilinguisme.

Dans ce contexte, Scala transEurope vient agir en catalisateur du processus de la réforme qui vise à la diminution du décalage de l'éducation roumaine face aux pays occidentaux.

Objectifs visés par la session de Cluj-Napoca

L'AEDER s'est proposée, par cette session, de :

  • favoriser l'acquis de la recherche et des travaux menés au niveau européen par le projet Scala transEurope
  • valoriser dans un contexte européen l'expérience innovante de l'enseignement des langues en Roumanie
  • attirer l'attention sur la nécessité de la coordination des efforts et des résultats
  • harmoniser l'enseignement roumain avec le CECR dans le domaine des langues étrangères
  • répondre au besoins de certification européenne des centaines de milliers de cadres et de professionnels qui vont rejoindre le marché européen du travail
  • développer la coopération entre les sections nationales de l'AEDE

La variante roumaine

Il n'y a pas de modèle bilingue, on en dénombre près de 250 qui, tous, peu ou prou, déclinent le bilingue en harmonisant des objectifs communs et divers projets locaux, toujours singuliers par leur histoire.

C'est cet examen nuancé et contrasté qui aura été fait à Cluj-Napoca, les 8/9 mai 2008, à l'initiative de l'AEDER.

La variante roumaine de l'apprentissage bilingue et en phase évidente avec les thèmes de SCALA transEurope, telle est la constatation qui aura pu être affirmée à l'issue des débats. Trois nuances tempèrent toutefois ce constat:

  • la vision de la session s'est basée sur un rapport oral uniquement de divers acteurs du système roumain d'enseignement linguistique
  • les Ecoles bilingues regroupent le 20 % du contingent scolaire; ce pourcentage donne l'ampleur de l'action, certes, mais aussi celle du travail encore à faire
  • faute de représentants de la classe politique, retenus par d'autres obligations, le thème central de la session n'a pas pu être traité

Analyse contrastée
du système roumain et des thèses du Manifeste

Treize thèses caractérisent le Manifeste émis par l'AEDE Europe à Ostuni (I), les 14/16 mars 2008. Voici la réponse roumaine à ces treize thèses:

  1. Viser à offrir un enseignement/apprentissage bi/plurilingue à tous ; en termes économiques d'analyse comparée de l'input et de l'output, la démarche bilingue n'est pas plus chère à long terme, elle est plus rentable

    Le système roumain offre un enseignement/apprentisage bi/plurilingue à env. 20 % de son contingent. Mais il ne l'offre pas à tous encore. En d'autres termes, la Roumanie maîtrise les divers modèles d'éducation linguistique, mais se trouve confronté à une tâche de généralisation de ses modèles.

    Les acteurs de terrain sont persuadés que ce système bi/plurilingue est plus efficace, plus rentable à terme, compte tenu du niveau de maîtrise atteint, de la satisfaction engendrée, et donc de son utilité sociale

  2. Promouvoir l'enseignement bilingue en tant qu'expression de l'éducation plurilingue ; renforcer cette spécificité en ses différentes composantes, interdisciplinaires notamment (voir : www.aede.org. Suivre : web/recherche Google/aede/scala website (homepage aede)

    L'enseignement bi/plurilingue n'est plus une curiosité en Roumanie. Les innovations se développent sur l'entier des niveaux d'un collège; l'apprentissage transite par les DNL; l'évaluation des filières et des élèves est pratiquée. Manquerait encore une évaluation des compétences stratégiques des élèves

  3. Encourager l'introduction d'un enseignement/apprentissage bi/plurilingue en zones expérimentales, et locales, conduites de façon concertée par les partenaires politiques et pédagogiques

    Cluj-Napoca offe six lycées bilingues ( français, allemand, espagnol, italien, portugais), plusieurs écoles hongroises et allemandes, ainsi que des lignes d'études universitaires très marquées par les langues; tous les enfants du lycée acccèdent au projet; l'association des parents d'élèves accompagne l'école; la satisfaction est évidente à tous les échelons de l'autorité scolaire; l'esprit d'entreprise règne.

    L'objectif de la session était d'analyser l'effort politique d'une région ou d'une ville d'Europe à construire un accès au multilinguisme pour tous. Cet objectif n'a pas pu être atteint, faute d'interlocuteurs politiques au Colloque, pris par d'autres obligations à caractère électoral. Ainsi la Table ronde politique s'est-elle confinée à un dialogue avec un seul représentant de la classe politique.

    La Roumanie, ou la Transylvanie, ou Cluj-Napoca, contruisent-elles, à niveau politique, un accès au multilinguisme ? En juin 2007, au moment de la préparation du Colloque, ce libellé avait été approuvé à niveau politique. L'absence de leurs représentants au Colloque 2008 témoigne du faible poids de cette affirmation. Le temps n'est pas venu d'affirmer que ce point d'Europe serait devenu un laboratoire-phare de concertation politique en matière d'apprentisage bi/plurilingue

  4. Déterminer des paliers de progression et échelonner cette introduction de façon coordonnée, par degrés, selon les niveaux recommandés par le Cadre de référence européen des langues, soit : A1 (4-8 ans) ; A2 (8-12 ans) ; B1 (12-15 ans) ; B2 (15-18 ans)

    L'esprit du Cadre européen commun de référence des langues souffle en Roumanie. La plupart des degrés scolaires se réfèrent au Cadre, et ainsi contribuent à la mise en place d'un édifice remarquable de cohérence et de progressivité.

    Trois variantes tout de même:
    • le Colloque a mis en évidence un niveau A 0 (zéro) pour des enfants de 2 ans déjà, en enseignement/apprentissage pré-primaire, avec objectifs de sensibilisation
    • de 12/15 à 18 ans, on n'arrive pas à atteindre le niveau B2, mais le niveau B1
    • en entreprises, on atteint le niveau C15

  5. Aux degrés pré-primaire et primaire, dès le premier âge, et pour l'ensemble de tous les enfants :
    • insérer une forme d'ouverture aux langues et à la diversité linguistique, langues régionales et de minorités nationales comprises
    • introduire progressivement l'apprentissage bi/plurilingue de deux langues vivantes ; l'une, de proximité politique, géographique ou culturelle ; l'autre, de grande diffusion internationale

      Les minorités ont la possibilité d'accéder à l'éducation à tous les niveaux dans leur langue maternelle, droit qui est garanti par la Loi du 29 décembre 1995. Ainsi très nombreuses sont les écoles en hongrois et en allemand. . La population est désireuse de savoir plus de langues étrangères. De ce point de vue, la Roumanie tend à représenter une Ecole de la réussite par la maîtrise des langues étrangères.

      Des raisons historiques, il y a bientôt 100 ans, ont entraîné que la Transylvanie véhicule avant tout, aujourd'hui encore, la langue hongroise, qui est manifestement langue de minorité nationale en Roumanie. Divers lycées en langue hongroise répondent à cet impératif. Mais les curriculum des jeunes Roumains ne sont pas souvent bi/plurilingues.

      D'autres Etats ou Régions d'Europe, avec des situations géo-politiques en tous points similaires, profitent de ce croisement pour favoriser la rencontre des deux cultures, et ainsi favoriser l'apprentissage de langues de minorités nationales pour la totalité des Ecoles de la région. Manifestement, cette ambition n'est pas perçue comme nécessaire enTransylvanie.

      L'anglais s'impose de plus en plus au français dans les décisions et les choix des familles et des élèves

  6. De 8 à 18 ans, sur filières générales et professionnelles, exploiter les langues apprises et conduire quelques enseignements bi/plurilingues en disciplines non linguistiques couvrant un pourcentage optimal des programmes officials

    La palette des disciplines traversées par l'enseignement/apprentissage bilingue s'élargit manifestement. A la technologie, à l'informatique, à l'histoire, à la géographie s'ajoutent aujourd'hui la biologie, les mathématiques et l'économie

  7. Avant ou au début du lycée (15 -18 ans), général ou professionnel, à titre optionnel selon le contexte local, introduire, maintenir ou renforcer un enseignement intensif de durée variable (3, 6 ou 9 mois)

    Même si elle relève d'une pédagogie encore très prescriptive, cette pratique d'un enseignement/apprentissage dit renforcé est revendiquée en Roumanie. Elle permet d'assurer les raccordements nécessaires; elle assure d'une maîtrise plus approfondie de la langue étudiée; elle libère un temps qui pourra être dévolu à d'autres apprentissages.

    Ce supplément est de quatre heures supplémentaires
  8. Conduire un effort particulier en direction des enfants de l'immigration, et de leurs familles

    Ce postulat est pertinent pour les pays d'immigration d'Europe occidentale. Il n'est pas pertinent en Roumanie, qui n'est pas pays d'immigration.

    Mais il est d'émigration. Les parents roumains migrent en Espagne , en France, en Allemagne. Leurs enfants restent sur place et sont hébergés par leurs grands-parents. Or, à l'école, ils bénéficient d'une formation originale, en calque inverse, soit de cours d'initiation à l'espagnol, au français, à l'allemand, langues du pays d'émigration choisi par leurs parents. Cet effort favorisera et le regroupement familial et leur adaptation.

    Ici, et l'initiative est originale, l'effort particulier est conduit en direction des enfants de l'émigration

  9. Construire et faire valider une formation spécifique des enseignants du bi/plurilingue, au niveau C1 du Cadre de référence européen des langues

    Ce postulat n'est pas atteint du tout en Roumanie. Initiales, les formations sont universitaires. Continues, ells sont mutuelles.

    Ne sont pas encore systématisés:
    • les stages linguistiques de longue durée en une autre région d'Europe
    • l'atteinte du niveau C1
    • la dotation de l'enseignant d'un référentiel de compétences européen
    • la reconnaissance d'équivalence des formations octroyées.

      Une formation plus ambitieuse sera bienvenue en Roumanie

  10. Par conventions entre Ministères de l'Education :
    • systématiser les échanges de professeurs
    • les encourager financièrement
    • accréditer la mobilité européenne au plan de carrière des enseignants en tant qu'incitation à un avancement
    • assurer un statut à ces forces mobiles dans l'enseignement
      (prime à la mobilité, contrat de travail, hébergement, droit au retour)

      Les partenariats sont vivants en Roumanie:
      - les Ambassades, l'Administration publique, les Offices du tourisme, offrent des attestations de stages
      - l'accès aux niveaux B1 et B2 est assuré par le programme français DELF
      - les échanges culturels avec les Francophones (SCALA par exemple) sont nombreux.

      Mais les quatre Recommandations ci-dessus du Manifeste sont encore très largement sous-développées en Roumanie

  11. Exploiter les ressources des Nouvelles Technologies de l'Information (TIC), et ainsi faire transiter l'apprentissage d'une langue par une communication vécue

    L'apprentissage des langues par les NTI est encore peu présent en Roumanie. Des raisons évidemment financières en sont l'explication.

    Toutefois, on est bien persuadé que cette pratique d'apprentissage d'une langue par une communication vécue serait particulièrement bienvenue

  12. Développer ces divers projets isolément ou globalement selon les spécificités, les disponibilités et les contraintes de chaque système éducatif

    La Roumanie ne manque pas d'attentes dans la conduite de ses pratiques d'enseignement/apprentissage de langues vivantes. Ici, on souhaite un temps plus large pour cet apprentissage; là, la mise à disposition de circuits de création d'intruments didactiques plus performants; là, on souhaite un financement à la hauteur de l'ambition

    En tout état de cause, l'image prévaut, en Roumanie, d'un effort très important en direction de l'enseignement/apprentissage des langues; d'un résultat global tout à fait étonnant; mais aussi d'une demande opérationnelle forte, plus forte que celle actuellement mise en oeuvre

  13. Intensifier les échanges et les mises en réseaux paneuropéens à tous les niveaux de l'éducation

    Ce postulat est d'évidence en Roumanie. Le lycée Eminescu, figure de proue à Cluj-Napoca, vient d'être promu "Ecole européenne".

CONCLUSIONS

C'est un bilan contrasté que SCALA transEurope tire de sa session de diffusion à Cluj-Napoca, les 7/8 mai 2008:

    • Une majorité évidente des 13 postulats du Manifeste sont atteints ou mis en oeuvre ( 1, 2, 4, 6, 7, 12, 13 )
    • Mais un nombre non négligeable des 13 thèses sont encore non pertinentes pour les systèmes roumains d'éducation linguistique (3, 5, 8, 9. 10 )

Aussi l'effort de l'AEDER doit-il être salué en ses divers objectifs:

    • Harmoniser l'enseignement roumain et le Cadre européen de référence des langues
    • Répondre aux besoins de certification européenne de centaines de milliers de cadres et de professionnels qui vont rejoindre le marché européen du travail
    • Valoriser dans un contexte européen l'expérience innovante de l'enseignement des langues en Roumanie
    • Attirer l'attention sur la nécessité de la coordination des effort et des resultants
    • Développer la coopération entre les Sections nationales de l'AEDE

PERSPECTIVES

Associée en fin de cycle au parcours de SCALA transEurope - projet porté par l'AEDE Europe et ses sections suisse, bulgare, polonaise et hongroise -, l'AEDER a souhaité ouvrir le cycle de diffusion du projet en mettant en place la session de Cluj-Napoca des 7 et 8 mai 2008.

L'objectif général de la session n'a pas pu être atteint. Ce constat montre bien combien fragiles sont encore les systèmes éducatifs, à l'égard d'une politique ambitieuse en matière d'enseignement bi/plurilingue.

Mais la session a permis de mettre en lumière le dynamisme roumain en matière d'apprentissage des langues, son intelligence sur de nombreux axes de politique éducative bi/plurilingue, et son attachement européen, formalisé récemment, il y a 18 mois, le 1er janvier 2007.

Toutes raisons qui incitent au renforcement des liens entre les systèmes éducatifs d'Europe centrale et orientale, et ceux d'Europe occidentale.

SCALA transEurope exprime sa grande reconnaissance à l'AEDER, ainsi qu'à Mme Elvira Tocalachis, initiante et conductrice de la session , pour la mise en place du premier Congrès SCALA transEurope en Roumanie.

(Scala transEurope, Cluj-Napoca et Neuchâtel, le 30 mai 2008, jat)