2.
Deuxième session de formation, Genève,
les jeudi 2 et
vendredi 3 mars 2006
« Y A-T-IL UNE DIDACTIQUE DE
L’ENSEIGNEMENT BILINGUE ? UNE METHODOLOGIE
A PROPREMENT PARLER ? »
Modèles, théoriques et concrets, d’enseignement
bilingue
LE PROGRAMME
Présidence de séance : AEDE suisse
Vendredi
3 mars 2006
Objectif général
Quelles conditions méthodologiques et quelles stratégies
mettre en oeuvre
pour offrir un apprentissage bilingue de qualité ?
Présidence
de séance : AEDE suisse
Atelier 3
L’utilisation du Portfolio européen des langues, PEL III, 15 ans
et plus, dans un contexte
bilingue
Ida Bertschy, Haute Ecole Pédagogique, Fribourg (CH)
SYNTHESE DE LA DEUXIEME SESSION
2 et 3 mars 2006
Collège et Ecole de commerce André-Chavanne
av. de Trembley, 1209 Genève ( CH )
VUE D’ENSEMBLE
Six sessions de formation à Genève (3),
Sofia (1), Varsovie (1) et Budapest (1), conduites par des experts
suisses, bulgares, hongrois et polonais, aboutiront à la formalisation
de standards de qualité en matière d’apprentissage
bilingue en Lycées, Gymnases et Sections bilingues. Cette
construction sera d’utilité pratique immédiate
pour les praticiens de l’enseignement; sa formalisation théorique
conduira à une publication de stratégies innovantes pour
l’apprentissage bilingue en Europe.
La session de Genève des 2 et 3 mars 2006 a
analysé les modèles, théoriques et pratiques, de
l’enseignement bilingue, ainsi que la construction d’une
didactique spécifique. Sa thématisation a été déterminée
par le Comité SCALA transEurope, avec l’appui de Laurent
Gajo, professeur à l’Université de Genève.
Ce Cycle de formation en six sessions est un des axes du projet SCALA
transEurope. L’autre axe vise à produire un bilan comparé d’apprentissages
avec ou sans année 0.
Jacques-André Tschoumy
jatschoumy@maisondeleurope.ch
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1. L’EUROPE A CHANGE
Les terrains d’Europe bougent, s’en rend-on vraiment compte ?
L’Eurocompatibilité supplée à l’échelle
nationale ou communale : les échelles changent.
La frontière devient centre : les espaces bougent.
Les rôles masculin/féminin basculent : les statuts
sont en mouvement.
Les sociétés se métissent, l’interculturel
prévaut, les minorités se font entendre : les tissus
politiques changent.
Sarajevo est à côté : en 1914, pourquoi se battre
pour Sarajevo ? Les distances se raccourcissent.
Voyez un film de 1950 : plus rien de commun : les identités
muent.
Ce qui se passe aujourd’hui n’était pas prévu :
l’imprévisibilité et la complexité prédominent
désormais.
Prigogine est physicien et sociologue : les catégories s’entrecroisent
L’Europe des richesses cohabite avec l’Europe des pauvretés,
celle des démocraties avec celle des oligarchies
La carte de l’Europe a changé.
L’Europe s’est pacifiée, élargie, commercialisée,
régionalisée, affichée sur la scène mondiale.
Ont changé les échelles, les concepts, les statuts, les
tissus, les distances, les identités, les catégories, la
carte, les stratégies et les rapports entre Institutions. Il nous
faut désormais changer de lunettes pour voir cette nouvelle
Europe.
2. L’EDUCATION CHANGE-T-ELLE ?
Toutes ces mutations sont porteuses de germes dangereux, si l’on
n’y prend garde. Elles peuvent entraîner une confusion des
valeurs, et donc une dérive : le repli sur soi, l’anomie.
Un autre risque est l‘exclusion. En situation de mouvement, ou
de confusion, il est plus facile de montrer l’autre du doigt. On
réglera ainsi un problème en croyant l’annuler, par
l’exclusion.
L’éducation n’ignore pas ce risque de dérive.
Parfois, ce souci est même prédominant. Mais joue-t-elle
juste suffisamment ? Offre-t-elle ce mini-laboratoire de l’Europe
de demain ? Offre-t-elle réellement un lieu où s’exprimerait
la multiplicité des cultures, des langues, des origines, des allégeances ?
3. L’EUROPE DES LANGUES CHANGE-T-ELLE ?
C’est évident. Il faudrait être aveugle pour
ne pas voir l’avancée fulgurante de l’Europe des langues :
l’instrumentation d’une élite cède à l’ instrumentation
de plus grand nombre
la volonté politique d’apprentissage a passé de une à deux
langues avant 15 ans, l’une de proximité, une autre
de grande diffusion internationale
la culture mono – est remplacée par la culture pluri-culturelle
la période favorable de début de l’apprentissage
des langues a progressivement régressé de 12 à 9,
puis à 6, puis à 4 ans
l’utilisation de la langue est considérée plus importante
que son analyse
l’oral autant que l’écrit
la réception plus que l’expression
le savoir-faire plus que le savoir
les compétences pragmatiques, mêmes approximatives, plus
utiles que les compétences perfectionnistes.
4. Le fil conducteur des deux Journées
de Genève était celui de la Didactique de l’apprentissage
bilingue. Mais l’apprentissage bilingue lui est si lié qu’il
fut omniprésent.
Les deux discours se sont constamment croisés.
La session de Genève a eu l’avantage, se départissant
de tout clivage politique, de pouvoir profiter d’apports émanant
de l’Enseignement public et de l’Enseignement privé.
L’apprentissage bilingue est monté en puissance
L’apprentissage bilingue est monté en puissance ::
- Il était pionnier il y a peu encore, il s’est généralisé,
il s’est normalisé et institutionnalisé
- Il était tâtonnant, il s’est structuré
- Il était impulsif, il s’évalue
- Il était additif, il s’intègre
- Il relevait de l’Enseignement privé, il relève
aujourd’hui tout autant de l’Enseignement public
- Il caractérisait quelques projets d’Etablissements,
il s’étend largement à l’ensemble de
l’Institution
- Il s’adressait à des parents intéressés,
il s’adresse aujourd’hui à toute la cohorte scolaire
- Et puis, surtout, cette déclaration des jeunes lycéens
interviewés à Genève :
« L’apprentissage bilingue est devenu
banal pour nous ! «
Certes, cette évolution est-elle inégale, car
ces choix ne sont pas neutres, et les terrains présentent des
résistances non négligeables. Mais quelle évolution
des mentalités en quelque 20 ans ! Evolution évidente
au fur et à mesure des interventions polonaises, hongroises,
bulgares, valdotaines et suisses de la session de Genève. L’apprentissage
bilingue est monté en puissance au cours des dernières
20 années, ce constat est apparu à l’évidence.
Cette montée en puissance est sans aucun doute à mettre l’actif
des acteurs de terrain, parlementaires, ministériels, méthodologues, évaluateurs,
formateurs, didacticiens, professeurs, enseignants et syndicats. Mais
elle est surtout reflet d’une Europe qui a changé, et
ses mentalités avec elle. Chacune de ces évolutions cheminant
avec l’autre, nécessairement. A Wohlen, en Suisse, à Aoste, en
Bulgarie, en Hongrie, en Pologne, partout, cette montée en puissance
s’est confirmée, avec des accents, des tonalités
différentes, certes, des contraintes inégales aussi.
Ici, apprentissage bilingue tardif et partiel, là, précoce
et partiel, là encore, précoce et global. Pendant 6 mois
12 mois, 6 ans… Mais partout l’apprentissage bilingue
se fait conquérant. Chaque année, des cohortes de jeunes
Européens sortent des système bilingues, non seulement
ils se font les avocats ardents et réels de cette innovation,
mais ils façonnent l’Europe de demain, plurilingue et
pluri-culturelle.
5. Y A-T-IL UNE DIDACTIQUE DE L’APPRENTISSAGE BILINGUE ?
UNE METHODOLOGIE A PROPREMENT PARLER ?
Didactique spécifique
L’analyse de diverses interventions de Genève a mené à l’évidence :
malgré la diversité des terrains, il y a une didactique
spécifique de l’apprentissage bilingue. Pendant deux jours
de débats, a émergé un socle didactique commun autour
duquel se construisent tous les projets. Un air de famille réunit
tous les modèles, se dessinent des incontournables didactiques
caractérisant chaque projet autour d’une sorte d’Appellation
d’Origine Contrôlée, s’affichent des lignes
de forces didactiques communes, Plus Petit Dénominateur
Commun d’un pan désormais indépendant à l’interne
de l’apprentissage des langues.
Socle commun
Les lignes de forces idéales communes suivantes ont été identifiées
comme porteuses d’un AB plus assuré :
Didactique
- Les modèles sont connus, ils ont été profilés
(forts, faibles, efficaces, militants, combinés) par le prof.
Laurent Gajo ( cf. son intervention en annexe )
- La communication est à mettre en lien avec le contrat didactique
- L’apprentissage du vocabulaire et de la grammaire est intégré à l’apprentissage
de la langue, et contextualisé
Organisation de l’enseignement
- pédagogie de here and jet, ici et maintenant
- apprentissage en milieu naturel, échanges croisés, après
18 mois d’AB, en milieux fermés, sur un thème mobilisateur
( construire un pont, par ex. )
- 1 prof- 1 langue
- 50% de la dotation-horaire
- choix des disciplines toujours lié au contexte, hésitation
entre disciplines dites faciles et non faciles, mais prédominent
les quatre disciplines suivantes : géographie, histoire,
biologie, mathématique
- dès l’âge de 10 ans
- le team de professeurs semble porteur
- l’échange de professeurs aussi
- oser l’expérience d’un projet ambitieux, original,
et multi-facettes ( enjeux différents d’apprentissage en
DNL, d’intégration des savoirs et de projets d’Etablissements soumis à résistance
sociale )
- oser débuter dans le conflit
- commencer modestement d’abord ( 9 élèves à Ecole
Moser, 11 à l’Ecole Chavanne )
Pédagogie
- esprit d’entreprise, plaisir, dynamisme
- pédagogie du succès
- pédagogie de la rencontre, du vécu d’abord
- pédagogie du projet
- du temps et un espace pour communiquer ( approche interactionnelle
)
- l’interdisciplinarité donne une valeur ajoutée à la
didactique de l’AB
- compétences couplées, et non spécifiques, de
l’enseignant en AB: expert, psychologue, maître de
soi, disponible, maître de la matière, créatif,
autodidacte, théâtral, ayant de l’autorité.
Evaluation
- l’évaluation formatrice est plus porteuse
- l’évaluation certificative est requise ( bac, maturité,
Cambridge, DELF, Institut français, certificat linguistique,
diplôme franco-polonais )
- certification avant le bac
- certification européenne : Portfolio III
- les meilleurs bacs sont issus de l’AB
- ascension sociale
- associer l’innovation d’un esprit d’évaluation
sur les standards de qualité
- le succès d’inscription est évident
- les Jeunes sont le meilleur vecteur de dissémination du projet,
ils en sont l’étincelle (GE )
- la sélection préalable des élèves est très
fréquente ; elle est soit quantitative, soit qualitative ;
les critères d’admission sont la grammaire, les disciplines
non linguistiques, les langues étrangères, la langue
maternelle
Psycholinguistique
- la réussite semble le plus souvent liée à un
AB en Disciplines Non Linguistiques ( DNL )
- l’effet-miroir sur l’apprentissage de sa langue maternelle
est évident
Formation des enseignants
- Formation spécifique sur filières bilingues ( cours de
formation spécifique au Canada, ou à Fribourg i.B. (D)
) )
- Employer des natifs ( système facile en Suisse )
- Formation octroyée par les Instituts français ( 3 mois
en Hongrie )
Supports didactiques
- Ici un cahier (CH ) , là diverses feuilles volantes, là un
choix libre de moyens d’enseignement( BG ), des manuels construits
ad hoc DNL ( PL ), des manuels français (Aoste I )
Supports innovants
- PERLE, Parcours éducatif de recherche en langues étrangères
( BG )
- EMILE , Enseignement de matières par l’intégration
d’une langue étrangère ( HU )
- EOLE, Eveil et ouverture aux langues ( Suisse romande )
Diversité des modèles
Mais l’inverse est vrai aussi : malgré l’avènement
d’une didactique le l’AB, un tel enseignement sera toujours
lié au contexte, toujours différent, lui aussi.
- Le choix de la langue est toujours local ( En Pologne : e 40,
d 36, fr 15, es 9, i 1, r 1, total = 98 ; en Hongrie, langue du
monde d’abord ( = e ) ; en Suisse, débat entre langues
de proximité et langues de grande diffusion internationale )
- L’insertion de DNL est toujours locale ( BG : oui ; GE :
non )
- Le choix des disciplines est local, compte tenu de la nature linguistique
des disciplines
- L’enseignement ne peut être organisé qu’avec
les enseignants « qui sont là » :
le choix est fermé
- L’immersion peut être totale, partielle, brutale, progressive
( GE )
- L’alternance est toujours variable ( temps, disciplines, pédagogies,
etc )
- Les niveaux de certification sont variables : B2 après
3 ans d’apprentissage , en Bulgarie ; B1 à l’âge
de 13 ans, à Aoste ; C1 en oral HEP / Fr / Suisse ;
B2 en écrit HEP / FR / Suisse
- Le choix des professeurs est aléatoire ( H ) ; aucune
formation parfois
- Les structures varient : structures bilingues pour monolingues (
Moser, GE ) ; monolingues L 2 pour monolingues L1 ; bilingues
pour bilingues ( Bienne, Californie ) ; monolingues pour bilingues ;
monolingue L1 pour monolingues L2 ( Québec )
- Avec ou sans année 0 ? Structure prometteuse, confirmée
en Bulgarie, abandonnée en Pologne, mise à l’étude
par SCALA transEurope. Ce thème spécifique sera
en débat à Genève, en octobre 2007
- Année préparatoire, dite année 0, avec : un
nombre d’heures variable ( BG : 19 à 20 heures ), un
nombre de matières variable ( 1, 2, 3 ), un statut variable (
facultatif ou obligatoire ), une visée variable ( paix des langues
en Suisse , apogée de l’enseignement disciplinaire
)
- La présence sociale de la langue enseignée est variable :
homoglottes / alloglottes, statut majoritaire /minoritaire, diffusée
ou non, prestigieuse ou non )
- L’âge d’introduction de l’AB est encore très
variable ( 6 ans en Pologne, 10/11 ans à l’Ecole Moser,
16 ans en Lycées suisses )
- Le recul historique est particulièrement diversifié :
1949 ( BG ), 1987 ( H ), 1993 ( 4 Collèges à Genève,
avec en tête le Collège André-Chavanne ), 1999
( PL : 44 classes bilingues fr-pl ), 2004 ( Wohlen et Thun en
Suisse ), très récemment ( un grand nombre de systèmes
)
- Les modèles se diversifient : le modèle additif se
complexifie du modèle intégratif, dit
« bi-plurilingue «
- Les politiques éducatives nationales divergent ( affirmées
en HU et en BG, non affirmées en CH )
- Les financements sont multiples : locaux souvent. Les objectifs
sont nationaux
- L’AB est décrété obligatoire ou facultatif.
Il s’adresse à tous ou à
quelques-uns. Qui sont ces quelques-uns ?
En un mot, le projet bilingue trouve ses axes, mais il s’adapte
aux conditions, aux attentes et aux exigences locales. Et offre donc
un champ infini de variantes en autant de modèles intéressants.
6. CONCLUSIONS PROVISOIRES
Le Cycle européen de formation du Projet SCALA transEurope vise à dégager
quelques standards de qualité en matière d’Apprentissage
Bilingue (AB ). La didactique est-elle l’un de ces standards de
qualité ?
Si l’on entend, par standards de qualité, un focus serré de
procédures avérées, la réponse est négative,
pour deux raisons : a) le recul manque ; b ) les terrains sont
trop diversifiés.
Si l’on entend, par standards de qualité, une balance entre
un socle commun d’expériences montant en puissance,
et une diversité des procédures liée à des terrains
variés, on peut alors parler d’une balance didactique en
tant que standard de qualité pour l’AB.
Un socle commun émerge, une AOC se dégage, un PPDC prend
forme, visant à des modèles de plus en plus intégrés
( statutaires, organisationnels, disciplinaires, temporels, pédagogiques,
didactiques ). Mais un standard de qualité en AB sera aussi de
respecter tous les modèles additifs, liés à des
terrains variés, à des expériences différentes,
et à des histoires toujours particulières.
A l’image de l’Europe qui bouge, l’AB en Europe et
sa didactique bougent aussi. Comme elle, elle se trouve, par nécessité,
condamnée à respecter à la fois les intérêts
d’une communautarisation des stratégies et d’une
individualisation des procédures.
Une AOC regroupe et identifie. La didactique en AB en Europe n’échappe
pas à cette double contrainte.
En définitive
- Il y a didactique spécifique de l’Apprentissage bilingue,
c’est évident.
Ce principe est avéré
- Il y a socle commun des didactiques en Europe. Ce courant est montant
- Mais la diversité reste vivante, pour raisons de terrains toujours
particuliers
- Un standard de qualité sera donc de gérer et l’un
et l’autre,
le socle commun et sa variété
- Un autre standard de qualité sera de promouvoir les modèles
intégrés
- Un troisième standard de qualité sera enfin de valoriser
les projets particuliers.
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