1. Première session de formation
SOFIA: 13 et 14 octobre 2005 « L’évaluation »

Les acteurs suisses

Janine Bezaguet,présidente,
Sylvain  Rudaz et Patrick Guyotot ,formateurs

Partenaires bulgares rencontrés

Direction du Lycée Lamartine
Présidence de l’AEDE bulgare, Stefa Kitanova
Coordinatrice du projet en Bulgarie , Maria Benova
Coordinateur du projet en Pologne, Marek Zajac
Institut Français , Nathalie Perquin,responsable Enseignement bilingue francophone,
Association des professeurs de Français de Bulgarie , AFPB,Boyca Palikarska

Vue d’ensemble de la formation

Cette première session de formation,  consacrée aux problèmes d’évaluation, a rassemblé une vingtaine d’enseignants de sept établissements bilingues de Sofia, deux partenaires polonais et quelques personnes intéressées venant de centres de formation et de l’Université de Sofia. Au terme de ce séminaire, dont les formateurs établiront un rapport détaillé, l’AEDE peut se féliciter. Les   participant(e)s ont fait preuve, sur des approches parfois pointues, d’une grande qualité d’écoute et d’une bonne volonté manifeste dans la mise à la tâche. La présence a été très régulière en dépit des difficultés engendrées  par les absences auprès des élèves. Quant aux deux intervenants, il faut  relever leur professionnalisme et leur gros investissement dans la préparation du séminaire.  A quoi, il convient d’ajouter leur complémentarité  parfaite dans la co-animation et leur aptitude à recadrer le débat devant les doutes et les craintes des formés. La grande diversité des  systèmes d’évaluation dans quatre pays (Bulgarie, Pologne, suisse,  France )  n’a pas en effet, facilité leur tâche. On ne peut donc qu’être satisfait des remarques finales des participant (e)s qui ont largement fait part de l’intérêt et du bénéfice qu’ils avaient retirés de l’apport de ces deux journées. Une mention particulière également au lycée Lamartine,et plus particulièrement à Maria Benova et Gallina Betcheva, pour la mise à disposition des locaux et l’organisation matérielle et logistique du séminaire.

Satisfaction de voir notre projet passer de sa phase prospective à sa phase opérationnelle.

Genève, le 25 octobre 2005,

Janine Bezaguet, chargée de l’organisation des sessions de formation.

EVALUATION DU SEMINAIRE
PAR Patrick Guyotot (Lyon) et Sylvain Rudaz (Genève)

INTRODUCTION

La formation des enseignants bulgares bilingues portait sur l’évaluation, et en partie dans une perspective bilingue. Nous avons donc réalisé un programme de formation destiné à aborder les problèmes d’évaluation de manière ouverte, en nous appuyant sur une quadruple perspective : développement cognitif, aspects cliniques, philosophie et didactique.

Ce programme très dense a été construit sur la base de nos expériences et de nos pratiques de formation dans le canton de Genève et à Lyon en particulier.

Il était également conçu de manière à ce que des ajustements instantanés puissent être réalisés en fonction des demandes des participants.

Plusieurs indicateurs nous ont amené, au moment-même de la formation, à réaliser que sa trop grande densité et qu’une relative inadéquation avec des pratiques spécifiques aux écoles bulgares bilingues ne nous permettaient pas d’atteindre les objectifs que nous nous étions fixés pour cette formation.

Ce sont les raisons pour lesquelles plusieurs modifications et ajustements ont reformaté le programme : tous ces éléments seront mentionnés dans nos commentaires ci-après.

Pour réaliser ce commentaire critique de la formation, nous avons choisi de reprendre le programme et d’y insérer des espaces d’analyse.

««Sylvain Rudaz»» & Patrick Guyotot Juin 2005

JEUDI MATIN

Prévision

  1. Contenus
    a. Éléments de philosophie de l’évaluation : textes, éléments historiques et littéraires.
    b. Éléments d’éthique : fondements de l’éthique scolaire en matière d’évaluation. Pause
    c. Éléments de psychanalyse : comportements des élèves face à la note, image de soi, renversement narcissique.
    d. Éléments de psychologie cognitive : fonction de l’évaluation, définitions.
  2. Consignes
    La situation :

Un élève rate presque systématiquement les petits contrôles et épreuves intermédiaires qui lui sont proposés, mais réussit l’examen final. Il n’est pas promu malgré tout…

La tâche :

Il vous est demandé de discuter des enjeux de cette situation particulière à travers quatre regards différents :

  • Une approche philosophique
  • Une approche éthique
  • Une approche psychologique à dominante clinique
  • Une approche psychologique à dominante cognitive Critères de réussite :

««Sylvain Rudaz»» & Patrick Guyotot
Juin 2005

Formation : l’évaluation

Il n’y a pas de « bonnes réponses ». Ce qui est attendu ici est le recueil du point de vue du groupe sur ces questions, et la compétence à utiliser différents champs théoriques pour observer un même objet.

Consignes procédures :

Vous pouvez analyser la situation du point de vue de l’élève, de la classe, de l’enseignant, de la famille, de l’institution scolaire, des enjeux sociaux…

ANALYSE

La situation prévue ne correspondait pas à une réalité possible des lycées bilingues de Bulgarie et Hongrie. Les modalités d’évaluation ne mettent en effet jamais un élève dans une situation d’échec aussi radicale que celle que nous décrivions. La stratégie est même si différente que nous avons dû la modifier en proposant aux enseignants de réfléchir, après une brève présentation des systèmes éducatifs suisse, français, bulgare et hongrois, à une comparaison des enjeux et valeurs implicites liés aux procédures de passage au niveau supérieur.

Le contenu des apports théoriques et les objectifs de la matinée ont été maintenus malgré tout. Les débats ont été riches et fructueux au sein des petits groupes, plus difficiles lors de la restitution collective. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce phénomène :

  • Le groupe n’était pas encore constitué et la parole est plus difficile dans ce
    cas-là,
  • Les enseignants attendaient probablement une conférence introductive en
    début de formation et le travail préalable proposé a déclenché un léger effet
    de surprise,
  • Un décalage entre les attentes et la posture des formateurs s’est produit lors
    du travail de groupe, expliqué par la différence de cultures des mondes
    enseignants : nous n’avons pas souhaité intervenir dans les groupes par souci
    d’éviter un comportement « intrusif », en restant à disposition sur demande,
    alors que les enseignants auraient souhaité être accompagnés dans la
    réflexion sans pour autant se sentir autorisés à solliciter notre présence.

Ces éléments ont été pris en compte dans la suite de la formation.

Nous avions fait le choix de rendre immédiatement actifs les maîtres participant au séminaire, de façon à éviter une posture frontale trop propice à susciter une posture passive et d’écoute dégressive.

Il est probable que cette approche ait surpris les maîtres et ces derniers, peu habituer à s’exprimer de manière critique et instinctive, semblaient rester un peu sur
leurs gardes.

««Sylvain Rudaz»» & Patrick Guyotot Juin 2005

Formation : l’évaluation

JEUDI APRES-MIDI

Prévision

1. Contenus
Évaluation, modalités, formes et fonctions
a. L’évaluation au sens large.
b. Les modalités
c. Les formes
d. Les fonctions

2. Consignes
La situation :
Il était demandé ici aux élèves (classe de 10ème degré, Compléments de Formation, élèves en difficulté et en situation de réorientation – âges allant de 16 à 18 ans) de lire une nouvelle fantastique, de répondre à un questionnaire simple (dont le but était de garantir la bonne compréhension de la nouvelle), et de résumer le texte.

La tâche :

Il vous est demandé de produire une grille de correction, qui puisse être distribuée à différents correcteurs, dans le cas d’une épreuve commune par exemple.

Critères de réussite :

La grille fournie devrait permettre de limiter les écarts entre différents correcteurs.
Elle devra être claire et limiter le plus possible les ambiguïtés. Les critères retenus évaluent effectivement le degré d’atteinte de l’objectif, et non seulement le degré de réussite de la tâche.

Consignes procédures :

Vous pouvez réfléchir aux critères de réussite, aux critères de réalisation, au barème, à la distinction entre le processus et le produit (la démarche et le résultat), présenter sous forme de tableau ou de consignes rédigées…

ANALYSE

Le début de l’après-midi a été consacré à la poursuite du travail du matin : les questions d’éthique et de psychologie cognitive n’ayant pas pu être abordées par manque de temps.

Le travail de correction de copies d’élèves proposé a été apprécié par les enseignants. Il a réellement permis de soulever l’ensemble des questions relatives

««Sylvain Rudaz»» & Patrick Guyotot Juin 2005

Formation : l’évaluation

aux critères de correction, à la notation des épreuves, à la distinction entre la tâche et l’objectif ainsi que celle entre performances et compétences.

Là encore, il a été nécessaire d’adapter la situation aux réalités locales, le résumé de texte n’étant pas au programme des cours de français en Bulgarie. Nous avons donc proposé que la correction ne porte que sur la réponse aux questions de compréhension du texte.

Les enseignants ont apprécié la modalité de travail et les contenus abordés. Ce temps de clarification et de stabilisation terminologique était nécessaire.

Il a été demandé aux enseignants d’apporter, pour la deuxième journée, des travaux d’élèves, des épreuves, vierges, corrigées, des grilles, des barèmes afin de travailler à partir de leurs propres pratiques pédagogiques sur les disciplines non linguistiques.

Un petit temps de régulation a permis de mettre en évidence que la question du bilinguisme se posait différemment dans les cours de français que dans les DNL.
Nous avons donc proposé de scinder le groupe en deux pour le lendemain et de satisfaire à la demande de différenciation.

««Sylvain Rudaz»» & Patrick Guyotot Juin 2005

Formation : l’évaluation

VENDREDI MATIN

Prévision

1. Contenus
Evaluation et bilinguisme
a) Évaluer, mais quoi ?
b) Évaluer, mais comment ?
c) Quels critères ?
d) Quels barèmes ?
e) Que dire, et à qui ?

2. Consignes
Le matériau :

Vous avez apporté des copies d’élèves, des travaux corrigés, des épreuves vierges, des grilles, des barèmes liés à une discipline autre que le français.

La tâche :

Il vous est demandé de répondre aux six questions suivantes :

Qu’est-ce que ce document permet d’évaluer ?
Comment s’y prend-il ?
Quels critères met-il en oeuvre ?
Quel barème (explicite ou explicite) utilise-t-il ?
Qu’est-il donné à l’élève comme information ?
Outre l’élève, à qui devrait s’adresser la restitution des résultats ?

2. Noter sur une feuille toutes les questions que vous vous posez et qui restent sans réponse, où demandent des éclaircissements.

Critères de réussite :

La tâche sera réussie si, à l’issue de ce travail, vous avez mis en évidence les difficultés d’évaluation inhérentes au bilinguisme : quels obstacles supplémentaires l’enseignement en français impose-t-il au correcteur ?

Consignes procédures :

Vous pouvez partir de vos pratiques actuelles en la matière et les confronter aux éléments déjà abordés la veille. La restitution se fera par le biais d’un rapporteur pour chaque groupe.

««Sylvain Rudaz»» & Patrick Guyotot Juin 2005

Formation : l’évaluation

ANALYSE

Comme prévu la veille, le groupe a donc été partagé en deux. Les enseignants de français ont travaillé avec M Rudaz, ceux des autres disciplines avec M Guyotot.

Groupe des enseignants avec P Guyotot :
Consigne
Le matériau :
À partir des documents analysés le matin….
La tâche :

Il vous est demandé de construire une épreuve qui corresponde à l’ensemble des critères d’une évaluation formative pertinente.

Critères de réussite :

La tâche sera réussie si, à l’issue de ce travail, vous avez le sentiment que vous avez sensiblement amélioré le dispositif, et que l’épreuve :

  • Évalue bien le degré d’atteinte de l’objectif fixé
  • Évalue bien ce qui a été enseigné
  • Est critériée
  • Permet de renseigner efficacement l’élève sur ce qu’il a à travailler désormais
  • Autorise une différenciation dans les procédures •

Consignes procédures :

Il est probablement plus aisé de chercher à améliorer un document existant (il suffit parfois de modifier quelques détails) plutôt que de repartir à zéro.

Les disciplines représentées étaient l’histoire, la géographie et la biologie. Le travail proposé, outre les questions liées à l’évaluation a permis de travailler sur les changements de paradigme disciplinaire dans ces matières. Les modalités d’évaluation dépendent en effet très largement de la conception choisie de l’enseignement d’une discipline.

Si le travail n’a pas entièrement abouti à la construction d’une séance en cohérence avec ce changement, il a permis d’avancer de manière significative dans la compréhension d’une approche conceptuelle en opposition à l’enseignement de faits.

La question qui reste posée est de savoir si l’enseignement de ces disciplines n’est pas qu’un prétexte à travailler encore un peu la maîtrise du français…

««Sylvain Rudaz»» & Patrick Guyotot Juin 2005

Formation : l’évaluation

Groupe des enseignants avec S. Rudaz :

La demande des maîtres pour ce travail de groupe différencié était très claire :

A partir des programmes officiels, qui décrivent les objectifs généraux et leurs déclinaisons en objectifs opérationnels, il s’agissait de créer les opérations suivantes,
soit :

  • les objectifs détaillés,
  • les tâches,
  • les indicateurs de réussite sommative,
  • les indicateurs de fonctionnement et de régulation.

Cette activité a été, semble-t-il, particulièrement appréciée des maîtres présents, et ce vraisemblablement en raison de l’écho qu’elle a rencontré dans la pratique immédiate de ces derniers.

En effet, certaines lacunes émaillent les plans d’études officiels des maîtres, et rendent leur travail d’opérationnalisation parfois difficile, notamment parce que la marge d’interprétation et les variable subjectives sont relativement importantes.

Le travail de transformation (il s’agissait naturellement d’une ébauche) des différents niveaux du plan d’études a donc rencontré un écho favorable et cette activité m’a paru particulièrement efficace.

VENDREDI APRES-MIDI

Prévision

1. Contenus
L’évaluation formative

Métacognition, métarégulation et statut de l’erreur.

ANALYSE

Le début de la demi-journée a été consacré à la poursuite des travaux entamés le matin. La conférence conclusive a permis de resituer l’évaluation formative sous l’angle des travaux actuels portants sur la cognition, la métacognition, la régulation et la méta régulation. Ces apports théoriques, bien que difficiles d’accès, ont été appréciés par les enseignants.

««Sylvain Rudaz»» & Patrick Guyotot Juin 2005

Formation : l’évaluation

CONCLUSION

L’évaluation du séminaire a consisté en une prise de parole libre des enseignants.
Nous avons noté :

  • L’envie très forte de continuer à se perfectionner sur l’évaluation des travaux d’élèves,
  • La prise de conscience de l’importance de ces questions, devenues bien souvent « routinières »,
  • La satisfaction générale, tant au niveau de l’identification plus claire de critères de réussite que des apports théoriques,
  • Le passage désormais possible d’une pratique intuitive de l’évaluation à une pratique réfléchie, et d’une manière plus générale de l’empirisme à la formalisation,
  • La vigilance à avoir sur la nécessité d’évaluer le travail de l’élève sans évaluer la personne,
  • La capacité d’adaptation et de régulation des formateurs qui ont su répondre aux demandes et contraintes locales,
  • L’intérêt pour les stagiaires de vivre un séminaire coanimé.

Genève et Lyon,
Sylvain RUDAZ Patrick GUYOTOT