Revue de presse

UN AIGUILLON POUR L’ENSEIGNEMENT BILINGUE EN SUISSE
LE PROJET SCALA TRANSEUROPE

L’enseignement bilingue existe, en Suisse, où il gagne peu à peu du terrain, mais il est encore peu connu. A Genève, il s’est implanté, au début des années 90, à l’école Moser,qui l’a rapidement généralisé ainsi que dans un établissement public,à l’initiative d’une enseignante dynamique. Ces expériences ont  joué le rôle de pionnières dans le domaine. Aujourd’hui, dans l’enseignement public,  quatre collèges sont concernés : Calvin, de Candolle, Rousseau et André- Chavanne. Ces écoles, regroupées en deux régions, Cité et Nations, dispensent un enseignement par immersion, la première en allemand, la seconde en anglais. Cette innovation pédagogique permet aux apprenants de suivre un certain nombre de matières (histoire, géographie, mathématique, physique, histoire de l’art, biologie, philosophie,…) en langue seconde. L’objectif de cette démarche est de faire prendre conscience aux élèves de leur capacité à communiquer en langue étrangère. Mais il ne suffit pas de travailler la langue dans une approche communicative, il faut encore  être capable de conceptualiser  afin d’atteindre les capacités requises pour l’obtention d’un certificat de maturité bilingue.
Ce diplôme a été mis en place par une ordonnance fédérale en 2002. Les premiers lauréats provenaient du collège/école de commerce André-Chavanne (maturité bilingue français/anglais). Depuis les trois autres collèges se sont lancés dans l’expérience et les élèves de leur section bilingue obtiendront ce titre en juin 2007.

A la suite de nombreuses évaluations, il a été prouvé que globalement, l’enseignement par immersion était au moins autant, sinon plus efficace que l’enseignement traditionnel des langues. Dans aucun domaine de la matière enseignée, les élèves de la section bilingue n’ont pas donné l’impression d’avoir de plus grandes lacunes que leurs camarades ayant suivi les mêmes cours uniquement en langue première.  Il semble même que leurs résultats soient souvent meilleurs, ce qui vérifie la thèse du professeur Laurent GAJO de l’université de Genève, selon laquelle « l’interaction bilingue ou plurilingue instaure un cadre privilégié et amène des outils supplémentaires à la construction et à la problématisation des savoirs. »

Il reste néanmoins encore beaucoup à faire dans le domaine linguistique. Le système suisse d’apprentissage des langues n’obtient finalement que des résultats modestes, tragiquement faibles disent certains, en tous les cas très en retrait du grand investissement financier et opérationnel qui leur est consacré.
Devant ce constat, l’Association Européenne des Enseignants (AEDE), section suisse (1), soutenue par des fonds privés et publics, a mis sur pied un projet (SCALA transEurope ) visant à faire appel au savoir-faire des pays de l’Est de l’Europe qui, depuis de nombreuses années (Bulgarie 1951) au prix d’un effort impressionnant, mènent une expérience inédite, à l’aide de stratégies originales conduisant à un bilinguisme maîtrisé  par des volées  entières de gymnasiens.

Ce projet, auquel le Département Fédéral  des Affaires Etrangères, dans le cadre de Présence Suisse a bien voulu s’intéresser,  est l’un des rares projets culturels avec l’Est de l’Europe. Contribuant à conforter l’apprentissage du français en Europe centrale et orientale, il participe au rayonnement de la Suisse à l’étranger. Ainsi représente-t-il un effort suisse pour l’éducation, en lien avec le « milliard de coopération ». Enfin il met en place, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, des échanges équilibrés et non dominants entre Europe occidentale, Europe centrale et orientale.

SCALA transEurope produit des idées nouvelles. Il est original par son pilotage multilatéral, ambitieux par sa visée de création d’une culture d’autoévaluation dans des pays post-communistes et par la mise en lumière d’une stratégie inédite en Suisse, soit l’enseignement intensif d’une langue vivante.
C’est un projet de formalisation des critères de qualité de l’enseignement bilingue et une proposition originale de formation intensive qui allierait un intérêt linguistique, éducatif, pédagogique certain à un intérêt politique, économique et financier très probable. Amélioration significative des systèmes d’apprentissage des langues certes, mais aussi réponse aux attentes et aux exigences du monde de l’entreprise qui a besoin de collaborateurs parlant aisément plusieurs langues.

Le potentiel d’apprentissage des langues est manifestement sous-exploité en Suisse. Nos propositions viseront donc à développer de canton à canton les échanges de professeurs susceptibles d’enseigner les disciplines non- linguistiques dans leur langue maternelle. Il conviendrait aussi de remplacer des enseignements de langues, distribués de façon homéopathique par un apprentissage intensif. Les gymnases suisses en quatre ans (c’est le cas de Genève) n’auraient-ils pas intérêt à consacrer l’une de leurs années d’étude à l’enseignement concentré d’une langue étrangère qui serait de nature à faire franchir aux apprenants le seuil d’autonomie et donc de maîtrise qu’on souhaiterait ?

L’ambition finale du projet SCALA transEurope serait à terme :

  • de sensibiliser les chefs des départements de l’instruction publique à l’introduction
    • d’un enseignement précoce des langues, soit l’immersion dès l’école enfantine
    • d’une année d’apprentissage intensif d’une langue étrangère au niveau secondaire
  • de systématiser les échanges d’enseignants à l’intérieur de la Suisse et de l’Union européenne
  • d’introduire une formation initiale dans le domaine. A cette occasion, une recherche commune des critères et standards de qualité d’une formation à l’enseignement bilingue s’avérerait particulièrement pertinente dans les hautes écoles pédagogiques (HEP) et à l’Université.

Janine Bézaguet

En enjeu, une efficacité renouvelée de l’apprentissage des langues, même les moins parlées, dans une Europe multiculturelle et plurilingue.

(1) janine.bezaguet@bluewin.ch