BILAN
COMPARE
DEMARCHE (Laurent Gajo)
Construction de standards de qualité
Six sessions de formation à Genève ( 3 ), Sofia
( 1 ), Varsovie ( 1 ) et Budapest ( 1 ), conduites par des
experts suisses et bulgares, puis hongrois et polonais, aboutiront à la
formalisation de standards de qualité en matière de Lycées
bilingues. Cette construction sera d’utilité pratique immédiate
pour les professionnels ; sa formalisation théorique conduira à une
publication.
Bilan comparé Intensif-Extensif
La comparaison se fera à l’interne des systèmes éducatifs
bulgares, hongrois et polonais, et, à l’externe, en regard
des systèmes suisses d’éducation bilingue ( à Zürich,
Bâle et Genève ), qui ne disposent pas de telle structure.
Un échantillon d’env. 2’500 apprenants formera l’assise
statistique du projet.
La prise en compte des compétences et des attitudes se fera sur
les bases identifiées par le Conseil de l’Europe en matière
d’apprentissage des langues en Europe. Elles seront diversifiée :
habiletés orales, écrites, interactives, réceptives,
productrices, monologiques, dialogiques, à l’aide de questionnaires,
enregistrements, micro-observations, entretiens, et biographies
langagières.
La mesure des compétences orales se fera sur des échantillons
restreints et sélectionnés préalablement en apprenants
bons, moyens et plus faibles. Un dispositif d’équipement
audio –visuel d’enregistrement est disponible dans les Lycées.
Afin de tenir compte de l’entier des paramètres en question,
au dispositif quantitatif s’ajoutera un dispositif qualitatif,
avec établissement de biographies langagières, à interprétation
plus nuancée.
Tranches d’âges retenues
OBJECTIFS, ENJEUX, HYPOTHESES
Le projet SCALA vise essentiellement à comparer l’enseignement/apprentissage
d’une langue par voie intensive ou extensive. Il vise en particulier à réfléchir à la
voie intensive, ceci en rapport avec un programme d’enseignement
bilingue (utilisation de la langue étrangère – L2 –comme
vecteur d’enseignement d’une ou de plusieurs disciplines
non linguistiques – DNL). Se pose alors la question de savoir si
le cursus bilingue lui-même obéit à cette partition
entre extensif et intensif ou peut y échapper.
Au-delà de la réflexion particulière sur la voie
intensive, le projet SCALA veut valoriser l’enseignement bilingue,
ses acquis et l’alternative éducative qu’il propose
en matière d’enseignement/apprentissage des langues. Il
veut aussi s’engager dans la dimension européenne, conscient
de la richesse que représente l’accès à l’expérience
de l’autre.
Ses enjeux sont d’ordre scientifique, didactique et politique et
s’adressent donc aux chercheurs, aux enseignants (et formateurs
d’enseignants) ainsi qu’aux décideurs.
PROBLEMATIQUE
Tout d’abord, il s’agit de considérer que la définition
de la voie intensive ne va pas de soi. Dans les systèmes scolaires
observés, notamment en Pologne et en Bulgarie, cette voie intensive
se traduit par une année dite « zéro »,
qui précède, au lycée, l’enseignement des
DNL en L2 et s’ajoute au nombre d’années d’études
requises. Cette année « zéro » peut
obéir ainsi à divers critères définitoires,
plus ou moins convergents : quantitatif (nombre d’heures consacrées à la
langue), qualitatif (nature des tâches, de la focalisation sur
la langue, etc.), institutionnel (statut « hors cursus »),
etc.
HYPOTHESES ET QUESTIONS
La comparaison extensif/intensif et la question de l’année « zéro » en
particulier appellent un certain nombre de remarques, surtout si une
telle réflexion s’opère en lien avec un programme
d’enseignement bilingue. Nous formulons ces remarques sous la forme
d’hypothèses-questions et selon trois axes, acquisitionnel,
didactique et éducatif.
Aspects acquisitionnels
-
quels sont les processus d’enseignement/apprentissage à l’œuvre
dans une programmation intensive (vs extensive, vs bilingue) ?
-
quels sont les niveaux linguistiques impliqués en priorité (morphosyntaxe,
lexique, discours, etc.) ?
-
quelles sont les conditions d’automatisation des bas niveaux
linguistiques pour la communication en L2 ? l’année
intensive y répond-elle mieux ou plus vite ?
Aspects didactiques
-
l’année intensive accompagne-t-elle de façon
efficace un programme bilingue ? le cas échéant,
est-elle appropriée surtout pour un programme d’immersion
tardive ?
-
l’année intensive est-elle conçue (ou à concevoir)
comme l’ultime aboutissement des méthodes « traditionnelles » d’enseignement
de la langue ou comme un début d’immersion en L2 ?
-
l’enseignement bilingue échappe-t-il à la catégorisation
intensif/extensif ?
Aspects de politique éducative ( facteurs de mise en
place )
-
la période intensive doit-elle correspondre à une année ?
-
cette période (année) doit-elle être hors cursus ?
-
la période intensive est-elle en lien prioritaire avec des
DNL en L2 ou avec l’enseignement de la L2 ?
La réponse donnée à ces différents points
contribuera à clarifier et à nourrir des questions centrales
en linguistique de l’acquisition et en didactique des langues.
Elle permettra surtout de fournir des recommandations utiles pour les
systèmes éducatifs. En fin de compte, il s’agira
de comprendre en quoi et à quelles conditions l’enseignement
intensif de la langue peut s’intégrer à un enseignement
bilingue offrant lui-même une exposition intensive à la
langue.
En termes de méthodes (cf. ci-dessous pour plus de détails),
le recueil de trois types de données ciblera aussi bien les représentations
(discours sur) des acteurs pédagogiques que leurs pratiques. La
mise en relation entre représentations et pratiques sera de première
importance, dans la mesure où, bien souvent, les deux ne coïncident
pas, les explicitations des acteurs se montrant en retrait de leurs pratiques
effectives. Au niveau des représentations, il faudra cerner celles
qui font de l’année intensive une condition préalable
et suffisante à l’enseignement des DNL en L2. De telles
représentations sont héritées avant tout d’un
enseignement traditionnel des langues, où il s’agit d’acquérir
les outils linguistiques avant de communiquer. Or, le propre de l’enseignement
bilingue consiste à associer communication et apprentissage, à intégrer
contenu et langue.
En Pologne, par exemple, il est intéressant de constater que la
disparition progressive de l’année « zéro » du
lycée avec l’avènement des collèges bilingues
amène à la mise sur pied, de manière larvée,
d’une mini-période intensive en 1ère année
de collège, où une large place est réservée à l’étude
de la L2 avant de l’utiliser comme vecteur d’enseignement
de certaines DNL dès la 2ème année. S’agit-il
dans ce cas de la permanence de représentations héritées
d’une ère très traditionnelle ou, au contraire,
de la conviction de l’efficacité de pratiques pédagogiques éprouvées
pour l’enseignement bilingue ? Le présent projet devrait
contribuer à faire la part des choses.
METHODES ET DONNEES
L’orientation du projet se veut avant tout qualitative et porte
davantage sur le processus que sur le produit de l’enseignement/apprentissage.
Il s’agira néanmoins de s’intéresser aussi
aux performances effectives des élèves, même si l’attention
ira en priorité à l’analyse de l’interaction
en classe (processus pédagogique) et des représentations
des acteurs pédagogiques. L’on envisage ainsi le recueil
de trois types de données :
-
performances des élèves via un test d’aptitude
linguistique et cognitive ;
-
représentations des acteurs pédagogiques via des entretiens
semi-directifs ;
-
pratiques pédagogiques via des observations/enregistrements
en classe.
Observations en classe
Les données centrales du projet proviendront de l’observation
et de l’enregistrement d’interactions en classe. Dans chaque établissement
sélectionné seront observées au moins une leçon
de français en programme intensif (année « zéro »),
une leçon de français en programme ordinaire, une leçon
de discipline non linguistique (DNL) en français dans un cursus
avec année « zéro » et une leçon
de DNL en français dans un cursus sans année « zéro ».
Ces leçons seront en principe transcrites et analysées
du point de vue linguistique, acquisitionnel et didactique.
Test d’aptitude linguistique et cognitive
Sa passation à divers groupes d’élèves et
dans diverses classes permettra l’établissement de certaines
comparaisons. Ce test visera la vérification de compétences/connaissances
linguistiques et cognitives variées, allant de la morphosyntaxe à l’utilisation
de stratégies en passant par les types de textes, l’hypothèse étant
que les différentes options pédagogiques observées
ne contribuent pas à développer les mêmes compétences
linguistiques et communicatives, au-delà de la valorisation variable
de certaines de celles-ci dans les pratiques sociales. Ce test devrait être
dispensé dans trois types de classes : enseignement bilingue
avec année intensive, enseignement bilingue sans année
intensive (voir toutefois la remarque ci-dessus concernant la 1ère
année de Collège en Pologne) et enseignement « monolingue » (traditionnel).
Le projet envisage aussi de tester les élèves à trois
moments de leur parcours : démarrage effectif (après
l’éventuelle année « zéro »,
en secondaire inférieur ou en Lycée bilingue) ; en
fin du cycle de formation ; 4 ans après le Lycée (pour
les élèves entrés dans la vie active, ou tout au
moins hors d’un cursus linguistique).
Entretiens semi-directifs et biographies langagières
Sur la base d’un canevas commun, des entretiens seront menés
avec des groupes d’élèves et d’enseignants
dans chaque établissement visité. Ils viseront à contextualiser
les données fournies par l’observation en classe et à les
enrichir en offrant un accès aux représentations explicitées
des acteurs pédagogiques.
Pour les anciens élèves, ces entretiens veilleront à renseigner
sur la biographie langagière des acteurs concernés, importante
pour la mise en perspective de leurs acquis et de leurs discours.
Concrètement, dans chaque établissement seront effectués
au moins un entretien avec les enseignants (3 à 6 participants)
et un autre avec les élèves (4 à 8 participants).
Ces entretiens seront enregistrés et partiellement transcrits ou
résumés. Parmi les élèves, on veillera à réunir
aussi bien les « voix » ayant bénéficié de
l’année intensive que les autres. Pour les élèves
ayant quitté le Lycée, le concours des établissements
sera nécessaire pour cibler quelques informateurs. Dans ce cas,
les anciens élèves en question n’auront connu que le
système intensif.
|