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L’Euro : A-t-on trompé le citoyen ?

Paul Goldschmidt  

Dans le cadre de la campagne électorale française l’Euro est l’objet de nombreuses déclarations qui en font un « bouc émissaire » plus ou moins responsable des difficultés économiques auxquelles le pays se trouve confronté. Il apparaît donc utile d’apporter aux citoyens une explication claire sur une série de questions qui se rapportent à la monnaie unique. J’aborderai successivement les questions de l’Euro et l’inflation, l’Euro et la politique de change, la BCE et la gestion de l’Euro, et enfin, je traiterai de la polémique sur  « l’euro, peut-on en sortir ? ».

Beaucoup de commentateurs, surtout politiques mais aussi certains économistes, rendent l’introduction de l’Euro responsable d’une augmentation de prix (et donc une inflation) largement supérieure à celle qui est rapportée par les instituts statistiques tels qu’ Eurostat ou l’Insee.

Il n’y a aucune raison de douter de la fiabilité et de l’exactitude des chiffres officiels qui reflètent les évolutions de prix. Ainsi, Eurostat à calculé que l’impact direct et non récurrent de l’introduction de l’Euro sur le niveau des prix a été d’environ 0.25%  dû notamment à l’impact des « arrondis » qui dans la majorité des cas se soldait par un ajustement vers le haut. Par la suite, depuis l’introduction le 1er janvier 2002 des billets et pièces, les statistiques officielles montrent que l’inflation dans la zone Euro est, en moyenne, légèrement supérieure à 2% par an.

Qu’en est-il alors de l’impression largement répandue que ces chiffres ne reflètent pas la réalité vécue par un grand nombre de citoyens ? Sur cette question, la candidate socialiste, Madame Royale, a parfaitement raison de dire que les indices publiés par les Instituts statistiques ne sont pas représentatifs du coût de la vie pour certains segments de la population et notamment pour les plus démunis.  Ces derniers ressentent de manière particulièrement aiguë, l’écart entre les indices et le coût réel de la vie. Sa proposition de publier une série d’indices représentatifs de l’impact inflationniste sur différentes catégories plutôt qu’un seul en rendrait la lecture plus transparente et compréhensible.

Madame Royale en tire une conclusion tout à fait logique qui est de baser les ajustements des prestations sociales pour les plus démunis ainsi que le SMIG sur des indices appropriés à ce niveau particulièrement bas de revenus. Alors que, sur le plan de l’équité, on ne peut trouver de faille au raisonnement, il faut néanmoins se poser la question du coût budgétaire d’un tel ajustement dont j’imagine que l’incidence n’as pas été intégrée dans le montant de €35milliards, coût budgétaire auquel son parti évalue les mesures qu’elle propose. Je ne dispose pas des outils nécessaires pour calculer l’impact de telles mesures mais je crains que, même s’il répond indubitablement au critère d’une France plus justeil soit prohibitif et qu’il porte atteinte à la compétitivité de l’économie.

Une deuxième controverse concerne l’insinuation, totalement dénuée de fondement, que le maintien des monnaies nationales aurait permis une meilleure maîtrise de l’inflation. Cette thèse est notamment défendue par Mr. de Villiers quoique également reprise par d’autres candidats, trop heureux de faire porter le chapeau à la monnaie unique dont par ailleurs ils déplorent la gestion par la Banque Centrale Européenne qui échappe au contrôle politique.

Remarquons tout d’abord que le taux d’inflation officiel d’environ 2% l’an dans la zone Euro, qui représente une moyenne, est historiquement bas depuis la deuxième guerre mondiale et se trouve à un niveau estimé par beaucoup comme nécessaire pour alimenter correctement la machine économique.  D’autre part, il est facile d’insinuer que l’Euro est source d’inflation lorsqu’on ne bénéficie plus d’une possibilité de comparaison du niveau d’inflation (certainement pas nulle) qui aurait prévalu sans l’introduction de la monnaie unique.

En fait, quoiqu’indémontrable, il est beaucoup plus probable que le taux d’inflation aurait été supérieur – en tous cas en France - sans l’Union monétaire car un des grands facteurs de maîtrise de l’inflation a précisément été la stabilité monétaire engendrée par l’UEM. En effet, sans UEM, de deux choses l’une : ou bien des ajustements périodiques des parités de change entre pays de l’Union auraient engendré pour les pays qui dévaluent une inflation supérieure à celle vécue au sein de l’Union, ou bien la défense des parités de change aurait imposé à ces mêmes pays des taux d’intérêt plus élevés, compromettant la croissance comme cela a été le cas pendant les années où, pour rencontrer les critères de Maastricht, il y avait une priorité absolue centrée sur la stabilité des parités.

La zone Euro a créé un vaste espace économique où les taux d’intérêt sont restés bien plus bas, plus longtemps, au cours de toutes les phases du cycle économique que précédemment.  De surcroît, l’absence de risque de change concerne dorénavant  85% des échanges contre 70% en moyenne avant l’introduction de l’Euro, réduisant considérablement les risques financiers associés au commerce international. Ces deux facteurs sont particulièrement importants pour les petites et moyennes entreprises car des taux d’intérêt bas d’une part et l’absence de risque de change (qui pour elles est certainement éliminé pour plus de 90% de leurs chiffre d’affaires) de l’autre sont des facteurs bien plus significatifs que tous les programmes de soutien financier envisagés par les autorités gouvernementales et ou européennes.

On doit en conclure que, quelque soit le taux d’inflation réel au sein des pays membres de l’UEM, l’Euro a largement contribué à maîtriser son ampleur par rapport à la situation qui prévalait auparavant.

La gestion du taux de change de l’Euro est partiellement liée à la question précédente. Rappelons qu’elle est confiée à la BCE, mais que les pays Membres y conservent un intérêt, exprimé notamment au sein du Conseil Ecofin et de l’Eurogroup.

Dans le contexte de la campagne électorale, on a surtout entendu des doléances concernant la politique d’un « Euro cher » qui entraverait la compétitivité. S’ensuivent des appels visant une intervention directe des gouvernements en contradiction flagrante avec les dispositions du Traité qui garantissent l’indépendance de la BCE.

Remarquons tout d’abord qu’il y a une certaine incohérence, pour ne pas dire schizophrénie, dans les arguments avancés. D’un côté on oublie de tenir compte qu’un Euro fort apporte plusieurs avantages parmi lesquels on peut citer : un moindre coût pour l’approvisionnement en matières premières et en particulier pour le pétrole ; le maintien de taux d’intérêt bas apportant aux acteurs économiques un avantage considérable sur le plan des coûts de financement par rapports aux concurrents américains et britanniques, dans un contexte d’inflation maîtrisée. D’autre part il faut se poser la question de la relation de cause à effets entre le taux de change et la compétitivité. La détérioration du « commerce extérieur » n’affecte pas de manière égale tous les Membres de la zone Euro. L’Allemagne et la Belgique, par exemple, enregistrent de notables progrès, alors qu’il est vrai que la situation de la France et de l’Italie se dégrade.

Globalement, la situation de la zone Euro peut être jugée satisfaisante sur le plan du commerce extérieur. Elle a prouvé, depuis l’introduction de la monnaie unique au taux de 1€ = 1,17USD, sa capacité à gérer des taux de change variant entre USD 0,83 au plus bas et 1,36 au plus haut contre la devise européenne sans créer de dysfonctionnements. Ces fluctuations restent d’ailleurs parfaitement dans les fourchettes enregistrées au cours des décennies précédentes entre le dollar et les monnaies les plus « fortes » des pays de la zone Euro. Rappelons que l’immunisation partielle des risques de change crée par l’augmentation importante des échanges « internes » à la zone est largement responsable de cet état de choses, affaiblissant d’autant l’argument d’un Euro cher pour des performances économiques médiocres. 

Par contre, il est vrai que certains secteurs spécifiques, dont les orientations sont largement tournées vers la grande exportation, sont plus vulnérables aux variations de change. Les récents développements chez Airbus en sont un exemple emblématique, mais il serait néanmoins honnête de reconnaître que les difficultés rencontrées sont, au moins partiellement - sinon principalement -, à mettre au compte d’une gestion défectueuse (retards de livraisons – personnel excédentaire – structure politisée au niveau de l’actionnariat, etc.) pour laquelle la hausse de l’Euro a servi de révélateur.

Enfin soulignons aussi, en ce qui concerne la France, la contradiction entre l’accusation que l’Euro  contribue à accélérer l’inflation d’une part (réfutée ci-dessus) et que l’ « Euro fort » nuit à la compétitivité. En effet, on a récemment cité le chiffre de €30 milliards pour le déficit extérieur des échanges commerciaux français. Heureusement pour la France, le parapluie de l’Euro lui permet de pratiquer à son profit une politique d’indifférence molle (benign neglect) dont elle accusait si volontiers les Etats-Unis dans les années 1980. En effet, sans l’Euro, dans une situation déficitaire de cette ampleur, il aurait fallu soit recourir à la dévaluation pour restaurer la compétitivité, soit introduire des mesures de rigueur budgétaire et de taux d’intérêt élevés ralentissant d’autant une croissance déjà en dessous de la moyenne communautaire.

On peut donc conclure que l’Euro a protégé efficacement le pouvoir d’achat des français pour tout ce qui  touche à la consommation à l’intérieur de la zone euro ce qui représente près de 100% pour la grande majorité. Le citoyen  bénéficie donc directement d’un Euro fort contrairement à ce qu’essayent de faire croire ses détracteurs. C’est à eux, et non aux concepteurs de l’Euro, qu’il convient de faire le reproche de cacher la vérité au citoyen.

Le troisième point qui mérite clarification concerne la gestion de l’Euro par la BCE. Quel que soit le jugement que l’on porte sur les impératifs imposés par le Traité, il est incontestable que celle-ci a rempli sa mission conformément aux objectifs définis. Dans la foulée, la Zone Euro a bénéficié d’un taux d’inflation maîtrisé et d’un taux de change adapté à la majorité des paramètres à prendre en compte pour une saine gouvernance économique. Par la même occasion, l’Europe se voit dotée de la deuxième devise en importance dans les flux financiers internationaux laquelle s’affirme progressivement comme une monnaie pouvant  servir d’alternative au tout puissant dollar. N’est-il pas interpellant de constater que ce sont souvent ceux qui se plaignent de l’unilatéralisme dominateur américain qui sont aussi les plus critiques d’une politique monétaire qui renforce considérablement le poids de l’Union dans les négociations économiques et financières d’un monde globalisé.

Dés la fixation des parités définitives entre les monnaies participantes mi 1998, soit 6 mois avant  son introduction formelle, la BCE a su protéger l’économie de l’Union en gardant l’Euro à l’écart de toutes les crises financières qui se sont succédées sur le plan international. Cet ancrage a par ailleurs bénéficié non seulement aux pays membres de la zone, mais à tous les Membres de l’Union, à cause des relations étroites et privilégiées qui les unissent au sein du marché unique. Une telle stabilité des parités de change entre monnaies européennes eut été inconcevable sans l’UEM lors des turbulences monétaires vécues.

D’autre part la BCE a dû mener sa politique monétaire unifiée sur le plan interne dans des conditions particulièrement difficiles face à une politique économique restée l’apanage des gouvernements nationaux et manquant cruellement de cohésion. Les péripéties qui ont entouré les négociations visant à aménager le Pacte de Stabilité et de Croissance soulignent le handicap dont souffre l’Eurozone par rapport aux pays comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie ou l’Inde qui disposent de leviers économiques centralisés leur permettant une politique monétaire plus flexible.

Il convient donc de rendre un hommage appuyé au travail accompli par la BCE dans des circonstances particulièrement difficiles et de se féliciter de la rapidité surprenante avec laquelle l’Institution a imposé sa crédibilité face aux acteurs de marché. Il est tout à fait clair que l’Union Européenne pourra faire entendre sa voix avec d’autant plus de force sur la scène géopolitique qu’elle se dotera, à côté d’une politique monétaire unifiée, d’une politique économique et fiscale cohérente (et non nécessairement harmonisée) à l’échelle de l’Eurozone.  

Sur la question de la Gouvernance par la BCE, je me permettrai de rappeler aux candidats à la Présidence française, une règle sur laquelle Mr. de Villers insistait tellement lors de son interview sur LCI, à savoir que si un Traité n’est pas ratifié à l’unanimité, il est caduc. La réciproque implique que tant qu’un Traité adopté n’est pas amendé ou dénoncé  (ce qui peut, le cas échéant, être souhaitable), il faut respecter les engagements signés et notamment l’indépendance statutaire de la BCE. Les « promesses » d’intervention intempestives du candidat élu auprès le la BCE ne sont pas d’actualité et constituent au mieux des exhortations susceptibles d’induire le citoyen en erreur. Il serait plus honnête de proposer une renégociation du Traité sur ce point (dans le cadre de la sortie de la crise institutionnelle engendrée par les refus français et néerlandais du Traité Constitutionnel). Au vu des arguments avancés ci-dessus,  on devrait plutôt aboutir à une coordination renforcée des politiques économiques nationales au sein de l’Eurozone, permettant, sans autre modification, à la BCE de se montrer plus souple dans l’exécution de sa politique monétaire.

Finalement, il y a la question concernant la possibilité de se retirer l’UEM. On n’a certainement pas voulu sciemment tromper le citoyen sur ce point, mais il y a quelque justification à regretter que le problème n’ait pas été abordé de manière transparente dès de la ratification des modalités d’adhésion.

En se replaçant dans le contexte de l’époque, il est tout à fait compréhensible que l’attention de l’ensemble des acteurs économiques et politiques se soit focalisée sur la mise en place de l’UEM.  Le chantier était d’une rare complexité tant technique (conversion matérielle des instruments de paiement, adaptation des systèmes sous-jacents, fixation des parités, des arrondis, des conventions de marché, adaptation de la comptabilité etc.) que légale (notamment la continuité juridique des contrats etc.).  La monnaie recélant, à côté des ses aspects objectifs, un contenu extrêmement émotif, il n’est pas surprenant que l’on se soit attaché à souligner les aspects positifs de l’UEM et les conséquences qui affecteraient immédiatement le citoyen pour le persuader que l’effort en valait la peine.

Outre le fait qu’il est difficile de penser au divorce lorsqu’on prépare le mariage, il est probable qu’un débat approfondi sur le retrait de l’UEM aurait considérablement compliqué le débat, d’autant plus qu’il était difficile à l’époque d’envisager le contexte dans lequel une telle démarche pourrait se concrétiser. Le flou entourant cette question aurait pu s’avérer déterminant et conduire à l’échec du projet.

Or, huit ans après l’introduction de l’Euro on peut faire le constat suivant. La mise en œuvre technique de la monnaie unique s’est réalisée dans des conditions quasi optimales. Il faut en être très reconnaissant à l’ensemble des acteurs : aux gouvernants et aux législateurs pour leur vision politique, à la Commission pour sa capacité de coordination administrative, à la BCE et aux banques centrales Nationales pour leurs compétences techniques et aussi à tous les acteurs du secteur privé financier, industriel et commercial sans le soutien desquels il eut été impossible de mener ce projet à terme.

Les effets positifs escomptés se sont largement confirmés (stabilité monétaire, stabilité relative des prix, réduction des coûts et risques de change, réduction des taux d’intérêt etc.) même s’il est particulièrement difficile d’en faire la preuve par comparaison avec un scénario alternatif au demeurant purement hypothétique.  Ce scénario alternatif jouit néanmoins d’une certaine crédibilité, notamment au vu de la performance économique enviable de certains pays restés en dehors de l’Union monétaire.

Analysons cependant de plus près la situation de ces pays. Tout d’abord ceux qui jouissant d’une dérogation :

Pour ce qui est de la Grande-Bretagne, toujours citée en exemple, il faut reconnaître que son succès est dû à la compétence de la gestion économique du gouvernement de Mr Blair. Bénéficiant d’une politique rigoureuse et ayant à libre disposition les leviers économiques et monétaires, le pays profite d’une flexibilité d’autant plus payante que son principal marché extérieur, à savoir la zone Euro et plus  largement l’Union toute entière, souffre d’un handicap relatif dû aux contraintes du Pacte de Stabilité. Cependant, sans l’UEM, la Grande Bretagne aurait été soumise aux mêmes turbulences que les pays Membres de l’Union. Rien ne permet de croire que sa monnaie aurait été épargnée d’attaques spéculatives des marchés car il ne fait pas de doute que la livre a été protégée par la stabilité de l’Euro, précisément parce que l’Union est son plus grand débouché. Notons cependant que cette indépendance impose des taux d’intérêt en Grande Bretagne sensiblement plus élevés que dans la zone Euro.

Pour le Danemark, qui suit volontairement une politique de maintien d’une parité fixe avec l’Euro, il est difficile de faire état d’avantages, autres que psychologiques, retirés de sa dérogation. En effet, elle est contrainte de calquer sa politique monétaire sur celle de Francfort lui ôtant toute flexibilité avec le désavantage supplémentaire de ne bénéficier d’aucune représentation dans les organes directeurs de la BCE. Il devient d’ailleurs de plus en plus probable que le Danemark s’apprête à reconsidérer sa participation à l’UEM.

Quant aux pays ne bénéficiant d’aucune dérogation (il s’agit de la Suède et de pays ayant fait partie des deux derniers élargissements) ils sont tenus, aux termes du Traité, de se préparer à satisfaire aux critères de Maastricht. La disparité des conditions économiques par rapport à la zone euro dans la plupart de ces pays explique la nécessité de leur accorder pendant le temps nécessaire une flexibilité monétaire et de taux de change suffisante pour permettre une « croissance de rattrapage » plus rapide dans des conditions optimales, sans subir le poids des contraintes imposées par le Pacte de Stabilité aux économies développées de la zone Euro et qui seraient intolérables pour ces nouveaux entrants.

Après avoir tenté de montrer le caractère superficiel des arguments avancés pour critiquer la performance de l’Euro, regardons de plus près la question du retrait éventuel d’un des membres de l’UEM.

En premier lieu, reconnaissons que le Traité en vigueur ne prévoit pas cette possibilité, tant d’ailleurs au niveau de l’UEM que de l’Union elle-même. Il s’ensuit qu’il est très probable qu’un retrait de l’UEM ne pourra se réaliser que dans le cadre d’un bouleversement beaucoup plus fondamental, impliquant vraisemblablement la désintégration de l’Union elle-même. Un tel scénario, quoique improbable, ne peut évidemment pas être exclu.

Pourquoi est-il difficile d’imaginer un retrait négocié de l’UEM dans le cadre d’un maintien de l’Union Européenne.  La motivation d’une telle demande repose très certainement sur l’idée que le pays sortant récupérerait sa souveraineté monétaire et de taux de change et qu’il serait donc mieux outillé pour poursuivre ses ambitions nationales en conformité avec les souhaits des citoyens.

Analysons différents cas de figure :
Le premier, et le plus simple à réaliser, est de sortir de l’UEM tout en déclarant de manière crédible (ce qui serait très difficile) que le pays a l’intention de maintenir la parité avec l’Euro. On se trouve alors dans le cas du Danemark, et on ne voit guère l’intérêt de la manœuvre.

Le deuxième est que le candidat à la sortie juge les politiques de la zone Euro trop laxistes et qu’il cherche à se désolidariser de cette situation. La conséquence implicite de cette position est que le pays cherche à poursuivre une politique amenant  une « réévaluation » de sa monnaie par rapport à l’Euro entraînant de facto une perte de compétitivité pour son économie, ses exportations devenant plus chères, en attendant qu’un taux d’inflation interne inférieur ne vienne éventuellement rééquilibrer les échanges. Etant donné qu’à présent l’inflation de la zone Euro est stabilisée autour de 2%, niveau jugé optimal pour soutenir une croissance économique durable, on voit mal quel avantage un tel candidat retirerait du retrait qui lui imposerait une politique déflationniste pour rétablir sa compétitivité. Ce scénario n’est pas d’actualité.

Le troisième - cas de figure le plus probable - est que le candidat veuille retrouver son indépendance pour sortir du carcan budgétaire imposé par le Pacte de Stabilité et de recouvrer sa liberté en matière de politique de change et de taux d’intérêts. C’est apparemment l’objectif poursuivi par certains candidats qui occultent les conséquences néfastes et incontournables d’un tel projet : il s’agit manifestement de dévaluer pour « relancer » l’économie par une politique d’une « devise faible » implicite dans la critique de l’ « Euro fort ».

Il s’ensuit les conséquences suivantes : Le remboursement la dette de l’Etat français, estimée à 1,200 milliards d’Euros  (ainsi que toutes les autres dettes publiques et privées exprimées en Euro) coûtera d’autant plus cher que le décrochage de la « nouvelle monnaie » par rapport à la monnaie unique est important. Il s’ensuivra de nombreuses faillites en cascade touchant même des sociétés opérant exclusivement sur le territoire national. Un phénomène de ce type s’est produit dans les pays asiatiques quant il n’ont plus été à même de maintenir la parité avec le dollar et qu’il a fallu rembourser en dollars les emprunts qui avaient été convertis en monnaie locale.

A moins que le pays candidat au retrait ne veuille définitivement se couper du marché financier international en reniant sa dette et réintroduire un régime de contrôle des changes incompatible avec une économie de marché mondialisé, il n’est pas concevable d’imposer une  lors d’un retrait « négocié » de l’UEM une « discontinuité des contrats » impliquant purement et simplement la conversion forcée des dettes et des créances exprimées en Euro en dettes et créances exprimées dans la nouvelle monnaie nationale.

Il ne fait d’ailleurs aucun doute que, dés l’annonce d’un Référendum portant sur le retrait éventuel de la monnaie unique, le marché réagirait entraînant une chute abrupte des cours de la dette française. Ces cours seraient une première indication des taux de rendement exigés par le marché pour accepter le risque « France » et seraient très vraisemblablement fixés à des niveaux asphyxiants tant pour l’Etat que pour les entreprises, tuant dans l’œuf toute velléité de relance économique.

La proposition de Mr de Villers de soumettre, le cas échéant, la participation à l’UEM à un Référendum et qui, fort heureusement, n’est partagée par aucun des autres candidats sérieux à la Présidence, doit être dénoncée par son caractère totalement irresponsable qui démontre, si besoin en était, son incompétence à assumer la charge à laquelle il prétend.

Faute de pouvoir sortir de l’UEM dans des conditions acceptables, il sied donc de concentrer tous les efforts sur l’amélioration de la gestion économique de l’Eurozone. Comme déjà mentionné ci-dessus, cela passe avant tout par une plus grande cohérence dans la politique économique et fiscale des pays membres de la zone.

Conclusion :
Ceux qui dénigrent la monnaie unique à des fins politiciennes ont le grand avantage de pouvoir s’abriter derrière des formulations courtes et percutantes donnant l’apparence superficielle de « bon sens ». Comme le prouve la longueur de cet essai, expliquer une matière aussi complexe avec clarté nécessite un niveau de connaissances minimum permettant de discerner entre slogans bon marché et réalités économiques qui requiert l’attention soutenue du lecteur. 

Si on peut penser qu’il y a eu un « péché par omission » lors de l’introduction de la monnaie unique, il faut reconnaître que son bilan est globalement positif, même s’il est évident qu’on n’en a pas encore retiré tous les bénéfices escomptés.

Cela n’excuse donc aucunement les discours mensongers tenus à l’heure actuelle concernant les prétendus méfaits de la monnaie unique. En effet, une telle attitude perpétue délibérément - plutôt qu’elle ne corrige - la dés<st1:PersonName w:st="on">info</st1:PersonName>rmation du citoyen dont on prétend défendre les intérêts. La dénonciation de tromperie sur l’Euro mérite par conséquent d’être purement et simplement retournée contre ses auteurs.


Paul N. Goldschmidt

Directeur à la Commission Européenne (e.r.)

 

Bruxelles, le 3/03/2007
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