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L’Europe en devenir - 6. Diversité Culturelle et Education
6.1. La communauté internationale et la diversité culturelle
6.1.1. Quelle est l’origine de la mobilisation de la communauté internationale en faveur de la diversité culturelle ?-
Les principes de l’économie néolibérale qui marquent les années 1980 ont entraîné la déréglementation et la privatisation du secteur des télécommunications. Dès lors, s’est manifestée une tendance à la concentration des contenus de l’information et de leur transfert massif.
Dans le cadre des négociations commerciales mondiales (General Agreement on Trade & Tariffs (GATT) et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)), les « œuvres de l’esprit », biens et services culturels étaient gérés comme de simples marchandises.
Plus particulièrement, les industries culturelles et leurs réseaux d’information et de communication véhiculent des valeurs d’un nouvel « universalisme », qui tend à la massification de la culture et met en péril la diversité culturelle.« Dans le même ordre d’idées (le cas de l’Autriche), je suis d’avis qu’un des éléments essentiels de l’Union européenne est qu’elle est incapable de mener une guerre offensive…La raison est qu’elle englobe tellement de peuples et de cultures, qu’elle se ferait la guerre à elle-même ». Archiduc Otto von Habsbourg dans « Le nouveau défi européen » Fayard 2007.
Voir aussi MATTELART A, Diversité culturelle et mondialisation dans « la Découverte » – Paris 2005
Par ailleurs, les conflits qui éclatent dans le monde ont souvent des origines ethniques ou religieuses.
Voir aussi HUNTINGTON Samuel, The clash of civilizations and the remaking of world order, 1996
L’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) s’est saisi de ces questions à l’occasion de sa 33e conférence générale (20 octobre 2005). La convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a été adoptée par 148 voix. Cette convention devait entrer en vigueur trois mois après le dépôt du trentième instrument de ratification. Au printemps 2006, seuls le Canada et l’île Maurice l’avaient ratifiée .
Voir aussi GAGNE G., La diversité culturelle, vers une convention internationale effective ? Fides, Montréal, 2005
6.1.2. Pourquoi cette convention est-elle importante ?-
Cette convention est importante, parce qu’elle pose la première pierre d’un droit international de la culture, dans un contexte marqué au plan économique par une tendance à la concentration autour de puissantes industries culturelles, et au plan technique par le développement de l’internet qui pourrait favoriser soit le pluralisme culturel soit la domination d’un modèle culturel unique.
6.1.3. Pourquoi est-elle novatrice ?-
Cette convention est un texte fondateur, parce que c’est la première fois que la communauté internationale légifère dans le domaine de la circulation et de l’échange d’activités, biens et services culturels, qui jusqu’alors était placé sous la juridiction exclusive du droit du commerce élaboré par le GATT jusqu’en 1994, et ensuite par l’OMC.
Elle pose le principe de la double nature économique et culturelle des activités, biens et services culturels, qui ne sauraient être réduits à leur seule valeur marchande, et dont le traitement ne peut donc relever des seules règles commerciales.
Voir aussi MUSITELLI Jean, résumé de l’intervention de: « La diversité des expressions culturelles : le rôle de l’éducation », Paris, Palais du Luxembourg, février 2007 colloque organisé par l’Association française des femmes diplômées des universités.
Elle reconnaît aux États le droit de mettre en œuvre des politiques publiques de soutien à l’expression culturelle, pour assurer une réelle diversité que les mécanismes ne suffisent pas à garantir, droit assorti d’une obligation d’ouverture aux autres cultures.
Elle institue un cadre de solidarité entre le nord et le sud destiné à aider les pays démunis à se doter d’outils de développement culturel.
6.2. Le concept de diversité culturelle, le rôle des média et de la pédagogie
6.2.1. Qu’entend-on par « culture » ?-
On admet que la culture est une ressource forgée, réinventée en permanence dont les groupes se dotent et qui les construit. Son histoire commence au XVIe siècle ; sa définition moderne est une création du XIXe s. Elle naît et se développe avec l'anthropologie.
La notion de culture particulière à un groupe est d'origine allemande : « Volksgeist » (génie populaire). Le concept allemand de « Kultur » inaugure donc un nouvel usage du terme : les œuvres de l'esprit, la langue, la religion, la philosophie et la morale qui constituent le bien particulier d'un peuple et le différencient des autres.
De nos jours, selon le contexte où elle est utilisée, la notion peut avoir des significations multiples : formes de développement intellectuel, aptitude à la créativité, types de loisirs, manières de penser et de faire propres à un groupe social, traditions artistiques et littéraires, affectivité liée à un lieu, un pays et une époque, ensemble d'idées et de valeurs, diversité des mœurs, des langues et des formes de vie sociale.
Plus fondamentalement, il s'agit de l'aptitude de l'homme à s'arracher aux contraintes de la nature.
Les anthropologues définissent la culture à l'aide des trois traits suivants:
elle n’est pas innée, mais acquise
les différents aspects de la culture constituent un système, c’est-à-dire que tous les
éléments sont solidaireselle est partagée, et par là délimite les groupes1.
1 IMBERECHTS M., Culture, fondement de l’intégration européenne in : Intégration
européenne, un processus à géométrie variable, actes du Colloque, Bruxelles
Parlement européen, mars 2004.
6.2.2. La diversité des cultures est-elle un fait reconnu ?-
Les sociétés humaines se distinguent les unes des autres à travers l’espace et le temps par des croyances, des compétences, des rites, des religions, des langues, des manières de sentir, de comprendre et de réagir différentes.
Bien plus, elle est une règle générale : tous les individus différent les uns des autres en raison de multiples critères : acquis antérieurs, conditions d’existence, cultures maternelles et paternelles, représentations sociales…
Voir aussi IMBERECHTS M., « Culture, fondement de l’intégration européenne » dans : Intégration européenne, un processus à géométrie variable, actes du Colloque, Bruxelles Parlement européen, mars 2004
La diversité culturelle résulte donc d’expressions différentes, comme la biodiversité est le constat de la diversité biologique dans la nature. Elle a été érigée en concept, défendue comme un principe et intégrée dans le domaine juridique.
Dans les écoles, la présence d’enfants de familles immigrées rend cette diversité plus
Évidente.
Les enjeux liés à la diversité culturelle lui donnent son fondement :- ontologique, tout d’abord : comme la biodiversité, la diversité culturelle est une dimension fondamentale et essentielle de l’être humain et un droit qui garantit sa dignité.
- les biens et services culturels sont plus que de simples marchandises car ils sont aussi et surtout l’expression de valeurs singulières et d’identités propres.
6.2.3. La diversité des cultures est-elle acceptée spontanément ?-
La diversité culturelle est le postulat de toute attitude humaniste, elle suppose la capacité mentale de prendre de la distance par rapport à soi et à son système de références et de valeurs, d’accomplir un travail d’ouverture et de dialogue.
Pourtant, cette diversité apparaît souvent incongrue aux uns et aux autres.
Michel de Montaigne* disait déjà : « J’ai honte de voir les hommes enivrés de cette sotte humeur et de s’effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leurs éléments quand ils sont hors de leurs villages. Où qu’ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangères… » (Les essais 1562, livre 3 chapitre 9).
« Penser en se mettant à la place de tout autre »
Emmanuel KANT* . Le philosophe a fait de cette maxime le principe de toute une philosophie, un mode de « vivre ensemble », une pensée, une mentalité élargis.
6.2.4. Comment l’ethnocentrisme s’oppose-t-il à la diversité culturelle ?-
L’ethnocentrisme est une tendance spontanée et universelle à considérer son propre groupe social et sa propre culture comme un modèle et à voir toute différence par rapport à ce modèle comme un signe d’infériorité. L’ethnocentrisme apparaît comme un obstacle majeur à l’étude et à la compréhension des autres sociétés.
Voici comment
Claude LEVI-STRAUSS* définit l’ethnocentrisme :
« L’attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu’elle tend à réapparaitre chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles, morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions » Race et histoire, Paris, 1952.
Lévi-Strauss montre aussi que l’histoire de l’Europe étant caractérisée par un développement de la puissance économique et des techniques, les Européens ont tendance à considérer que les sociétés qui n’ont pas su progresser sur ces plans sont des sociétés sans histoire, « primitives ».
Les cultures sont en effet bien différentes, mais ramener la différence à l’inégalité constitue donc une forme d’ethnocentrisme.
6.2.5. Quel rôle jouent les médias dans le problème de la diversité culturelle?-
Les médias occupent dans nos sociétés modernes une place centrale comme moyen de communication. Leur rôle face au pluralisme culturel est donc une question fondamentale.
« Le rôle de la presse est de rendre compte de la réalité dans sa complexité, ce qui suppose de relater la pluralité des points de vue, de faire de la pluralité un principe actif et vivant » Intervention
d’Edouard DELRUELLE dans le cadre des débats sur la citoyenneté organisés par le Sénat du Parlement fédéral de Belgique à l’occasion des 175 ans de la Belgique, Les médias et la citoyenneté, 10 mai 2005.
On assiste à une surabondance quantitative d’informations (multiplication des chaînes thématiques, diversification des techniques et moyens d’information comme Internet…), qui pour les uns s’accompagne d’une disparition du pluralisme des médias et d’une simplification de l’information, pour les autres au contraire, d’une démultiplication de l’accès à des cultures différentes.
Les médias sont-ils dès lors une menace pour la diversité dans la mesure où ils façonnent un monde uniforme ? Les forces du marché ont provoqué une concentration de plus en plus importante des groupes de presse, notamment dans les pays de l’Europe centrale.
« Les menaces qui pourraient planer sur le pluralisme de l’information sont surtout liées à la politique économique des groupes de médias, aux consignes données aux rédactions par les directions et aux conditions de travail dans les rédactions »
. Jean-Jacques JESPERS, à l’occasion d’un débat sur la citoyenneté et les médiasCes pressions économiques (audimat et chiffres de vente) pèsent sur le pluralisme et sur la qualité de l’information : par exemple, le journalisme de terrain tend à être de plus en plus souvent remplacé par la copie de dépêches, ce qui entraine une inévitable uniformisation des informations.
Le lecteur a tendance à être traité plus en « consommateur » qu’en citoyen éclairé comme l’attestent l’« info-spectacle » et la vision du monde simplifiée et réductrice construite par les médias. La concurrence explique en grande partie la dépolitisation des contenus et l’absence d’esprit critique : on raconte des histoires au lieu d’analyser la diversité du monde et sa complexité. Toutefois, le niveau éducatif plus élevé de la population entraîne aussi un enrichissement et une plus grande abondance des programmes culturels et des documentaires ce qui favorise la prise de conscience de la diversité culturelle.
Le débat, l’opposition, l’échange, l’attitude critique et l’ouverture, qui sont les postulats de la diversité culturelle, sont aujourd’hui mis en danger par l’uniformisation des médias. La pluralité suppose que la différence des points de vue soit respectée, et que donc ceux-ci puissent à tout le moins être échangés et donc communiqués. Bien plus, la pluralité suppose que l’on accepte de se « transformer », c’est-à-dire de se mettre à la place de l’autre, ce qui va bien au-delà de la tolérance.
6.2.6. Quelle pédagogie faudrait-il développer pour intégrer la diversité culturelle dans l’éducation ?-
L’analyse comparative est entrée dans les sciences humaines qu XIXe siècle. Comment assurer la défense et la promotion de la diversité culturelle, comment prendre conscience qu’il existe plusieurs voies pour conduire sa vie et ses relations avec son environnement et plusieurs moyens d’interpréter le monde ?
Dans cette dynamique, l’éducation exerce une influence directe sur la manière d’agir, sur les attitudes, les mœurs et la vision du monde des acteurs sociaux.
Pour promouvoir la diversité culturelle dans l’éducation, on pourrait à tout le moins proposer trois pistes :
- L’expression libre
Une attitude pédagogique privilégiant chez les jeunes enfants l’expression libre qui leur permet, en prenant appui sur leur vécu singulier, de développer leur capacité de comprendre et d’intégrer leur propre culture, leur identité, leur système de valeur, et de la partager avec leurs condisciples, notamment par l’intégration d’enfants issus de l’immigration dans les écoles conventionnelles. Cette prise de conscience est indispensable pour s’ouvrir à la complexité culturelle des autres.
Dans les classes multiculturelles, cette manière d’acquérir les mécanismes de communication (lecture, écriture) permet aux enfants d’horizons très différents d’avoir entre eux des rapports plus lucides et enrichissants. Cette pédagogie différenciée centrée sur le sujet n’encourage pas seulement l’acquisition de savoirs, mais aussi le développement personnel de l’enfant, sa créativité et sa capacité d’ouverture.
- Une composition élargie des contenus
Une vision transversale atteinte par l’analyse comparative fait apparaître qu’un évènement commun, à une période donnée, peut avoir des connotations très différentes d’une région à l’autre selon les caractéristiques spécifiques de l’époque, la variété des conditions géographiques, l’impact de personnalités prééminentes, les motivations liées à un contexte singulier. Cette approche destinée plutôt aux jeunes et aux adultes permet de saisir à la fois la simultanéité des grands mouvements, les concordances, les similitudes, mais aussi les disparités et les contrastes : c’est-à-dire, les diversités culturelles.
- Une formation des maîtres à la pédagogie interactive
C’est-à-dire une formation basée sur une relation pédagogique ouverte et différenciée fondée sur le dialogue à partir d’une structure thématique inscrite dans la chronologie et d’une composition élargie des contenus.
6.3. Les origines de le diversité culturelle européenne
6.3.1. Comment la localisation de l’Europe dans le continent eurasien et sa forme géographique sont-elles fondatrices de diversité culturelle ?-
La géopolitique classique tient le continent eurasien pour le pivot de la planète. C’est sur ce grand échiquier que vit 75 % de la population du monde et où se trouve la majeure partie des ressources ainsi que les 2/3 de la production mondiale.
La position géographique de l’Europe entre des latitudes septentrionales et le climat subtropical de la Méditerranée d’une part, et entre l’Océan atlantique baigné par le Gulf Stream et les monts Oural et le Caucase d’autre part, lui permettent de bénéficier d’un climat favorable au développement humain.
Une découpe exceptionnelle de ses côtes et donc la pénétration des mers à l’intérieur du continent ont encouragé la navigation comme moyen de transport. Ceci a non seulement favorisé les échanges entre les peuples européens mais aussi amené les Européens à se déplacer sur le globe et favoriser la diffusion de leur civilisation sur toute la planète. Ce sont les Européens qui ont commencé à sillonner systématiquement la planète, colonisé une bonne partie de l’hémisphère sud. On peut les considérer comme responsable de la globalisation de l’économie mondiale.
La géologie et le relief font de l’Europe une grande plaine qui s’étend sur 2000 km depuis les côtes atlantiques jusqu’aux monts Oural entourée de chaînes de montagnes : la cordillère cantabrique, les Pyrénées, les Alpes, les Apennins, les Carpates, les Balkans et enfin le Caucase qui se prolonge sur 1000 km de la mer Noire à la mer Caspienne. Le réseau hydrographique très développé (Rhône, Rhin, Danube, Volga, etc..) ont également favorisé les échanges entre les différentes régions d’Europe.
L’Europe est aussi caractérisée par une forte densité de la population et par la variété des cultures qui se sont développées dans ses espaces différenciés à la fois par la géographie et le contexte historique. Cette densité a laissé peu de régions naturelles intactes, sauf en quelques endroits inaccessibles (la Toundra au nord de la Scandinavie et de la Russie et les sommets des Alpes).
C’est naturellement la diversité de ce cadre qui a donné lieu à une tout aussi extraordinaire diversité de cultures.
A noter que le découpage géographique de l’Europe ne correspond pas à celui des pays qui l’occupent. Ainsi la Turquie et la Russie, par exemple, sont à cheval sur le continent européen et asiatique. Alors que la Méditerranée était considérée du temps de l’Empire romain, comme une mer intérieure (mare nostrum) , elle constitue aujourd’hui une barrière difficilement franchissable. Cette situation a amené plusieurs auteurs (Le Goff dans « l’Europe racontée aux jeunes », Bernard Coullie, Recteur de l’Université de Louvain-la- Neuve (Belgique) dans son article « Culture européenne : un itinéraire » (voir « articles et conférences ») à voir l’Europe plus comme un ensemble de pensées que comme une entité géographique bien délimitée.
Voir aussi :
Jacques Le Goff* dans « l’Europe racontée aux jeunes », et
Bernard Coulie*, Recteur de l’Université de Louvain-la- Neuve (Belgique) dans son article « Culture européenne : un itinéraire » (voir «
articles et conférences »).
6.3.2. Quels sont les mouvements migratoires qui tracent les grandes lignes du peuplement de l’Europe ?-
C’est à la Préhistoire que remontent les premières phases de peuplement de l’Europe. Trois vagues de migrations, souvent liées aux mutations climatiques, sont à retenir.
Quittant le berceau africain, l’Homo erectus pénètre en Asie puis en Europe (1.800.000 à 200.000 AC). On retrouve les traces de l’Homo sapiens « archaïque » en Europe méridionale d’abord (Géorgie, France, Espagne), puis plus au Nord suite à un adoucissement du climat (Allemagne, Belgique, Grande Bretagne) et enfin en Grèce, Hongrie…
Entre 100.000 et 40.000 ans avant notre ère, on assiste à la deuxième vague de peuplement, du Proche Orient vers l’Europe occidentale, notamment vers la Scandinavie où l’on retrouve les derniers chasseurs-cueilleurs.
La troisième vague (40.000-3.000 AC) correspond à la vague de néolithisation : l’agriculture, l’élevage, la poterie se disséminent en Europe. Les pratiques de la sédentarisation avec le développement de l’agriculture et de l’élevage qui accompagnent et complètent la chasse, la pêche et la cueillette se diffusent dans toute l’Europe à partir du bassin méditerranéen.
A la fin du IIe millénaire, l’éclatement des cultures va créer une mosaïque de groupes régionaux divers en Europe.
À la Protohistoire, la généralisation de l’utilisation du métal entraîne des mouvements commerciaux liés à l’indispensable apport en étain et en cuivre. Ce développement est inséparable de l’expansion indo-européenne. Les sources archéologiques nous indiquent que dans toute l’Europe se développent à ce moment à la fois des traits communs et une grande variété dans la décoration des armes et des poteries, dans les coutumes funéraires (incinération, inhumation…), les formes d’habitats, etc.
Il est frappant de constater la large dissémination des objets fabriqués qui s’échangent du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest de l’Europe.
C’est au cours de la Protohistoire qu’apparaît l’écriture dans le sud de la Mésopotamie, chez les Hittites et les Grecs.
La colonisation phénicienne en Méditerranée occidentale et méridionale, et ensuite la colonisation grecque, expliquent les transformations culturelles du bassin méditerranéen qui se différencie de l’ensemble du continent, notamment par le développement des cités. Pourtant, on a aussi identifié à la même époque des cités embryonnaires dans le nord-est de l’Europe assurant une communication entre ces régions, l’Europe centrale et méridionale.
La colonisation grecque va donner au bassin méditerranéen un caractère culturel comparable à l’espace celtique et pourtant très différent en raison de ces traces écrites.
Plus tard, la diffusion d’éléments culturels importants tels que le concept de villes-états, la notion politique d’organisation centralisée, l’écriture avec ses supports variés, l’art du discours, le débat démocratique, etc. vont essaimer dans le bassin méditerranéen ; ils seront par la suite relayés par l’expansion romaine.
À la fin du Ier millénaire AC, tandis que l’empire romain se déploie dans toute l’Europe, des tribus germaniques s’installent au Nord-Ouest du Limes. Dans le même temps, des populations finno-ougriennes et baltes, qui avaient longuement voisinés en Russie centrale, sont poussées elles-aussi vers l’Ouest et s’installent au bord de la Baltique
L’expansion romaine créera en Europe un vaste espace de civilisation commune où se maintiendront néanmoins des caractères culturels différents comme l’attestent les écrits de
César* et surtout de
Tacite* qui, frappé par les cultures germaniques, leur consacre le célèbre ouvrage De Germanie.À la fin de l’Empire romain, aux IVe-Ve siècles de notre ère, dans la foulée des déplacements des Germains sous la poussée des Huns (Turco-mongols venus d’Asie), les tribus slaves s’installent en Europe centrale, de la Baltique au Sud du Danube, suivies bientôt des Avars et des Bulgares. Les brusques mouvements de population qui marquent les IVe et Ve siècles introduisent en Europe de nouveaux groupes linguistiques et de nouveaux modes de gestion politique, économique et sociale. Les tribus germaniques semi-sédentarisées bousculent les structures de l’Empire romain et remplacent la centralisation administrative par l’instauration de royaumes avec des langues, des structures familiales, des juridictions, des habitudes religieuses différentes qui, aujourd’hui encore, marquent l’Europe.
La zone entre la mer Noire et la mer Caspienne sera à ce moment et pour longtemps occupée par une autre tribu turco-mongole, les Khazars. Leur installation est encouragée par Byzance qui souhaite empêcher les Arabes de traverser le Caucase.
À la fin du Ier millénaire apr. J-C., si l’Europe est provisoirement à l’abri d’invasions venant d’Asie, elle sera encore le théâtre de déplacements de populations. En effet, dès le XIe siècle, les Européens partent en croisade au Nord-est vers les pays baltes, les Slaves du nord. De nombreuses croisades les portent vers le Sud-ouest et le Proche-Orient occupés par les Arabes et menacés par l’avancée des Turcs. Ils entreprennent de grands voyages de reconnaissance vers l’Extrême-Orient, comme les voyages de
Marco POLO et de
Plan CARPIN. Entre les XIIIe et XVe siècles, l’Europe subit les dernières grandes invasions asiatiques : les Mongols viendront occuper toute l’Europe nord-orientale, tandis que au Sud-est de l’Europe, les Turcs ottomans envahissent les Balkans avant même la chute de Constantinople en 1453. Cette double occupation va couper la Russie de l’Europe pendant 200 ans (jusqu’à Pierre le Grand), créant à la fois de profondes ruptures culturelles mais aussi une Renaissance et un dynamisme qui prendra toute son ampleur à la fin du XVe et au XVIe siècles.
Ces déplacements de population, dont on fait ici une esquisse très générale, déterminent la carte linguistique de l’Europe et expliquent la diversité des coutumes, des développements économiques et sociaux et des religions en Europe.
À la fin du XVe siècle, les mouvements migratoires sont liés aux grandes découvertes et à la colonisation. Après une étude systématique de cette colonisation au XVIe siècle, on est en mesure d’affirmer qu’elle a été entreprise par tous les pays d’Europe mais qu’elle a eu une énorme diversité tant dans les motivations, les moyens, les leaders et les résultats.
Les guerres de religions et les persécutions qui sont largement attestées dès le Moyen-âge prennent une ampleur dramatique au moment où tous les monarques de la première moitié du XVIe siècle prennent appui sur la religion pour renforcer l’Etat-nation (Henri VIII, Gustave Vasa, Charles Quint, François I, Soliman le Magnifique…).
Ces phénomènes vont modifier la répartition et la configuration des classes sociales qui, d’une région à l’autre, varieront en raison de l’importance des transformations économiques et politiques.
À l’époque moderne, les grandes révolutions idéologiques et politiques qui marquent la fin du XVIIIe siècle ne touchent pas tous les pays d’Europe de la même manière, en particulier les pays qui restent sous le joug turc (le sud-est de l’Europe) et tous les pays qui demeurent sous des régimes de monarchie de droit divin comme la Russie, la Prusse…. Les transformations économiques liées à la révolution industrielle ont un impact disparate d’une région à l’autre, d’autant plus que la révolution industrielle ne s’est pas accomplie dans toutes les régions d’Europe.
Les explosions démographiques, si elles touchent tout le continent européen et particulièrement la Russie, n’auront pas les mêmes effets dans toutes les régions d’Europe. Par exemple, la Russie va « déverser » son immense réservoir de population dans les zones colonisées (la Sibérie e.a.), tandis qu’en Europe occidentale, saturée et surpeuplée, on assiste à une émigration massive : entre 1850 et 1900, septante millions d’Européens quittent le vieux continent, et cinquante millions d’entre eux n’y reviendront jamais.
De nos jours, l’Europe est le théâtre de vastes mouvements d’immigration liés à des conflits et à des situations économiques difficiles dans les pays d’origine. La majorité des migrants viennent d’Afrique, mais aussi d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est. Ce phénomène migratoire particulier entraine une modification profonde de la carte linguistique et religieuse de l’Europe. Elle a amené des sociologues à parler de remplacement des « classes sociales » par des classes « ethniques ».
6.3.3. Combien y a-t-il de familles linguistiques en Europe ?-
La diversité culturelle s’exprime par plusieurs critères, dont les langues.
L’Europe affiche une surprenante diversité linguistique par le nombre de langues pratiquées de longue date et par l’intégration récente de langues asiatiques et africaines.
En dehors du Basque dont l’origine est mal identifiée, trois grands groupes de langues sont attestés :
Les langues indo-européennes sont en Europe le groupe le plus important.
L’étude et les comparaisons entre ces langues ont permis d’éclairer cette civilisation, e.a. les rapports de parenté. C’est aussi la linguistique qui nous fournit la preuve de l’existence d’une langue originelle unique.
Les Indo-Européens émergent dans l’histoire aux environs du IIIe millénaire avant notre ère ; ils viennent du sud de l‘actuelle Fédération de Russie, une aire s’étendant du nord de l’Arménie et de la mer Caspienne jusqu’aux steppes de l’Asie centrale.
La communauté linguistique indo-européenne primitive s’est sans doute maintenue jusqu’au début de la période des métaux. C’est au début du IIe millénaire qu’apparaissent les langues différenciées qui évolueront peu à peu : le sanskrit en Inde, le vieux perse en Iran, le grec en Grèce, le latin en Italie, le celtique en Europe centrale, les langues germaniques en Europe de l’Est, les langues slaves et baltes en Russie centrale.
La famille sémitique comprend deux groupes : un groupe septentrional (l’assyro-babylonien, l’hébreu, le phénicien, l’araméen…) et un groupe méridional, composé d’une part de l’arabe proprement dit (ainsi que ses dialectes et les parlers hybrides qu’il a engendrés comme le maltais) et d’autre part de l’himyarite (sabéen) et des parlers qui en dérivent ou qui s’en rapprochent.
A propos de l’hébreu, il convient de noter que depuis la plus haute Antiquité cette langue a toujours été parlée en Europe à des intensités différentes selon que la diaspora juive s’intégrait davantage dans le pays où elle avait fait souche ou au contraire voulait affirmer son identité en parlant leur langue traditionnelle. Dans certains cas, l’hébreu s’est mélangé avec une langue locale pour constituer une langue nouvelle comme le yiddish en Europe centrale et le sépharade principalement en Espagne et en Grèce.
Les langues turco-mongoles apparaissent en Europe dès le Haut-Moyen-âge, introduites d’abord par les Avars, puis au VIe siècle par les Bulgares. Tout comme les Huns, ils n’ont pas laissé de trace importante dans le substrat linguistique européen (sauf dans la toponymie).
Les langues caucasiennes. Charnière entre le monde européen et asiatique, le Caucase (440.000 km) est un extraordinaire point de rencontre. Ses montagnes et vallées ont servi de refuge à de nombreux groupes ethniques qui y ont maintenu leurs cultures, leurs religions et leurs langues de sorte que ce lieu représente la plus grande concentration de diversité ethnolinguistique de la planète.
Au cours des dernières décennies, l’Europe s’est enrichie d’une grande modification dans la répartition des langues, en particulier l’arabe qui en Europe occidentale et méridionale, de la Scandinavie à l’Espagne, est devenu la langue véhiculaire de millions d’Européens. Une très nombreuse communauté chinoise et est-asiatique a elle aussi fait souche en Europe. Au sein de ces communautés, les langues des régions d’origine demeurent très vivantes.
6.3.4. Quelle est la différence conceptuelle entre plurilinguisme et multilinguisme ?-
Le plurilinguisme est l’« usage de plusieurs langues par un même individu ». Cette notion se distingue de celle de multilinguisme qui signifie la « coexistence de plusieurs langues au sein d’un groupe social ».
A noter qu’il y a dans le monde plus d’enfants bilingues que monolingues. C’est donc le multilinguisme qui est la norme. Les enfants monolingues proviennent généralement de pays où la langue maternelle est une langue internationale.
« Une société plurilingue est composée majoritairement d’individus capables de s’exprimer à divers niveaux de compétence en plusieurs langues, c’est-à-dire d’individus multilingues ou plurilingues, alors qu’une société multilingue peut-être majoritairement formée d’individus monolingues ignorant la langue de l’autre ». Observatoire Européen du Plurilinguisme, Charte européenne du plurilinguisme, Paris, 2007
6.3.5. Pourquoi le plurilinguisme est-il un vecteur essentiel d’une citoyenneté démocratique ?-
La diversité linguistique est une composante fondamentale de l’identité européenne et la langue demeure l’accès privilégié à toute culture.
Vecteur des valeurs de tolérance et d’acceptation des différences et des minorités, le plurilinguisme est une forme de communication particulièrement efficace dans l’espace du débat public.
En effet, la traduction ne peut jamais être ni exhaustive ni parfaite. Elle demeure un frein à la compréhension entre deux interlocuteurs. La compréhension sera toujours meilleure quand chacun connaîtra la langue de l’autre, tant au plan informationnel qu’émotionnel, et une véritable intercompréhension ne pourra reposer que sur la mise en commun de langues de culture.
Puisque notre connaissance réciproque prend racine dans l’intercompréhension, le plurilinguisme est indissociable d’une citoyenneté active. L’Europe politique et citoyenne ne peut exister sans le vecteur essentiel qu’est le plurilinguisme qui est un moyen privilégié d’affirmer la pérennité des entités nationales en Europe.
Par ailleurs, la langue étant une source de connaissance de l’autre, et donc de sa reconnaissance comme citoyen, le plurilinguisme crée un sentiment de citoyenneté européenne.
En effet, « Une citoyenneté européenne active, en tant que complément à la citoyenneté nationale, ne se conçoit pas sans une multiplication et un approfondissement des échanges au niveau des peuples et des individus dont le vecteur principal est la langue » Charte européenne du plurilinguisme, op. cit. Plurilinguisme, culture et citoyenneté, p. 6.
Seule une participation des citoyens au débat public rend possible leur association à l’élaboration des politiques européennes, or sans compétence plurilingue il n’y a pas capacité d’interaction et d’échange efficaces.
6.3.6. Pourquoi la diversité linguistique doit-elle s’imposer comme une priorité ?-
À l’heure de la mondialisation, la diversité linguistique et culturelle doit s’imposer comme une priorité.
Les langues expriment des concepts qui ne sont pas toujours équivalents de l’une à l’autre et parfois intraduisibles. Puisqu’elle est inscrite dans des cadres de référence intellectuel et culturel, et donc génératrice de sens et de représentations, l’instauration d’une langue unique de communication internationale n’est pas une garantie d’intercompréhension et donc de connaissance de l’autre.
L’Europe, riche de sa diversité géographique, culturelle et linguistique, doit conduire toutes actions incitatives permettant de valoriser sa diversité linguistique.
6.3.7. Quels problèmes la diversité linguistique pose-t-elle en Europe et pourquoi est-elle néanmoins son atout majeur ?-
L’Europe des 27 représente une multitude de langues différentes, attestées par les différentes nations et régions qui composent le caléidoscope européen sans compter les langues des populations immigrées, toutes aussi importantes. L’identité de l’Europe est faite de ses cultures et de ses langues, anciennes et modernes. Elle ne peut donc exister sans le respect de cette diversité.
Le problème de la diversité linguistique en Europe se pose dans le fonctionnement des institutions (langues de travail et de procédure), mais aussi dans les contacts que les Européens ont entre eux.
Au cours de l’histoire, l’unité linguistique a été considérée comme un des fondements de l’unité nationale. Il s’agit donc de développer davantage la prise de conscience de la dimension spécifiquement européenne du multilinguisme et de la richesse qu’il représente pour l’Europe.
Aujourd’hui, en Europe comme dans le monde, on constate que l’anglais s’impose comme langue de communication mettant en péril l’originalité et la richesse du multilinguisme européen. Demain, ce pourrait être le Chinois. Il est admis que la possession de sa langue maternelle est une liberté fondamentale et le principe du plurilinguisme doit être inscrit dans les instruments d’adhésion à l’Union européenne.
« La connaissance d’une ou plusieurs langues étrangères est naturellement un élargissement important de notre champ de vision et donc une liberté supplémentaire nécessaire dans l’actuel contexte européen ». Charte européenne du plurilinguisme, opus cit.
6.3.8. Qu’est-ce que l’espéranto ?-
L’espéranto est une langue construite, simple et facile à apprendre. Elle fut inventée par
Ludwik Lejzer Zamenhof*, qui était préoccupé par le manque de communication entre les habitants d’origine variée – juifs, Polonais, … - de sa ville. Il élabora donc une langue facile à apprendre, avec des racines et des pré-ou postfixes qui permettent d’élaborer tout le vocabulaire. Il n’y a pas d’exceptions et elle s’apprend en environ 1/10 du temps nécessaire pour apprendre les autres grandes langues internationales. Dans sa première publication, Zamenhof utilisa le pseudonyme de Doktoro Esperanto (« Docteur Espérant », « Docteur qui espère »), d'où le nom sous lequel la langue s'est popularisée par la suite. La langue a l’avantage d’être neutre, dans le sens où aucun des interlocuteurs n’impose sa langue à l’autre à l’instar de l’écu dans le domaine monétaire. Elle est conçue comme complémentaire à la langue maternelle.
Le premier appel populaire pour une monnaie unique européenne connu provient d’un groupe d’utilisateurs de l’espéranto qui comprenait bien les avantages que pourrait amener l’instauration d’une telle monnaie. (
voir illustration 1.2.1.b.)
Internet offre de nombreux sites enseignant l’espéranto et permettant de trouver des utilisateurs de l’espéranto – dont le nombre dans le monde ne fait que grandir.
6.3.9. Quelles sont les grandes religions qui se partagent l’espace européen ?-
Avant la naissance du christianisme et son expansion (début du Ier millénaire), le paganisme était la religion la plus répandue en Europe occidentale : l’animisme, le druidisme chez les Celtes, … Ces religions traditionnelles étaient polythéistes et largement pratiquées, comme les religions égyptienne, grecque, romaine, et celles des tribus germaniques, slaves et celtes.
L’extension de l’Empire romain a servi de support au développement du christianisme, devenu au IVe siècle religion d’état. Après la chute de l’Empire romain, les royaumes barbares ont pris appui sur la religion chrétienne pour étayer leur pouvoir et pacifier les régions dominées. Ce fut le cas des grands rois comme Clovis, Alaric et Théodoric. Plus tard Charlemagne renforcera cette politique.
Le modèle carolingien d’une monarchie prenant appui sur l’Eglise sera repris par les princes scandinaves et ceux de l’Europe de l’Est (Bohème, Pologne, Hongrie, Géorgie et Russie…) qui circonscrivent leur territoire dès le XIe siècle sous la houlette d’un prince chrétien.
L’ordre teutonique, sous prétexte de les christianiser, entreprend de conquérir les pays baltes, le nord de la Pologne et la Finlande. Ces pays resteront dans la mouvance catholique et la dépendance du Pape, suscitant le mécontentement du Patriarche de Constantinople qui de son côté avait christianisé et entraîné dans l’orthodoxie les Balkans et l’Europe de l’Est (Roumanie, actuelle Slovaquie…). Ce mécontentement conduira au schisme de 1054. Cette rupture n’a jamais été résorbée.
Le protestantisme, hérésie issue du catholicisme, qui se développe au XVIe siècle suite aux abus de la papauté et aux difficultés politiques et sociales au sein de l’Europe chrétienne, compte aujourd’hui un nombre considérable d’adeptes. Toute l’Europe du Nord, une partie de l’Allemagne, la Grande-Bretagne (sauf l’Irlande) et l’Islande, sans compter les importantes minorités dans tous les autres pays d’Europe, sont généralement de religion protestante.
La religion orthodoxe dépendant des trois patriarches d’Istanbul, de Moscou et d’Alexandrie s’est largement propagée en Europe de l’Est, dans les pays slaves et dans les pays colonisés par la Russie, sauf ceux qui ont été islamisés et ceux où l’animisme est resté vivant (le chamanisme).
Aujourd’hui, les principales religions qui se partagent l’espace européen sont : le christianisme (Catholiques, Protestants, Orthodoxes), l’Islam (Chiites et Sunnites), le judaïsme ainsi que le néo-paganisme. Le paganisme est reconnu officiellement en Islande, en Norvège, au Danemark tout comme dans les pays baltes.
Au nord, l’Europe est majoritairement protestante, et au sud majoritairement catholique. Quelques foyers calvinistes sont par ailleurs dispersés à travers tout le continent. A l’est, une grande partie de la population est orthodoxe.
De nos jours, la pratique religieuse européenne s’est diversifiée, sous l’influence notamment du Proche et de l’Extrême-Orient.
Les immigrés d’Asie, du Proche-Orient et d’Afrique sont islamisés, ils représentent en Europe occidentale ¼ de la population.
6.4. Les compétences européennes dans le domaine de la culture et quelques considérations finales
6.4.1. Quelles sont les compétences de l’UE dans le domaine de la culture ?-
En 1992 le Traité de Maastricht reconnaît officiellement, pour la première fois, la dimension culturelle de l’intégration européenne. L’article 151 du Traité instituant la Communauté européenne (qui reste aujourd’hui la seule base juridique de la politique culturelle) vise la promotion de la diversité culturelle et la mise en valeur de l’héritage culturel commun, dans le respect du principe de subsidiarité. Cela a permis à l’UE de mener des actions culturelles pour la sauvegarde, la diffusion et le développement de la culture en Europe.
Cependant, les questions de politique culturelle sont décidées à l’unanimité par le Conseil de l’UE, justement dans le but de préserver les différences culturelles et la diversité. Ainsi, le rôle de l’UE se limite à favoriser les actions de coopération entre les opérateurs culturels des différents États membres ou à compléter leurs initiatives. Il s’agit plus d’une coopération culturelle transnationale qui donne une valeur ajoutée européenne que d’une véritable politique commune.
Pour concrétiser sa politique culturelle, l’UE met en œuvre des instruments soutenant des initiatives culturelles telles que les programmes « Culture », « MEDIA », « Citoyens pour l’Europe » et l’action « Capitale européenne de la culture ».
L'Union intègre également une dimension culturelle dans un grand nombre de ses autres domaines politiques tels que l'éducation (notamment l'apprentissage des langues), la recherche scientifique, le soutien aux nouvelles technologies et à la société de l'information, et le développement social et régional. À eux deux, le Fonds social européen (FSE) et le Fonds européen de développement régional (FEDER) ont consacré jusqu'à 500 millions d'euros par an à des projets contenant un élément culturel.
Sur les activités dans le domaine culturel :
europa.eu/scadplus/leg/fr/s20014.htm
Sur le programme Citoyens pour l’Europe :
ec.europa.eu/citizenship
6.4.2. En quoi consiste le programme « Culture 2007 » ?-
Le programme « Culture 2007 » est un des programmes d’assistance culturelle de l’UE gérés par la Direction générale Education et Culture de la Commission européenne (DG EAC), et qui promeuvent directement des projets culturels dans les Etats membres. Il succède au programme « Culture 2000 » et aux anciens programmes « Raphaël », « Ariane » et «Kaléidoscope », et couvre la période 2007-2013.
« Culture 2007 » dispose d’un budget de 400 millions d’euros pour toutes les activités culturelles non audiovisuelles et s'articule autour de quatre objectifs :- favoriser la mobilité transnationale des professionnels du secteur culturel ;
- favoriser la connaissance, la circulation et la préservation des œuvres d'art et des produits culturels et artistiques au-delà des frontières nationales ;
- encourager la collecte et la diffusion d’information dans le domaine culturel ;
- promouvoir le dialogue interculturel.
Le but ultime du programme est la mise en valeur d’un espace culturel commun aux Européens, en vue de favoriser l’émergence d’une citoyenneté européenne.
Sur la DG EAC :
europa.eu/dgs/education_culture
Sur le programme Culture 2000 :
europa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/l29006.htm
Sur le programme Culture 2007 :
europa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/l29016.htm
6.4.3. Quelles seront les « capitales européennes de la culture » en 2008 ?-
En 2008, les villes de Liverpool (au Royaume Uni) et de Stavanger (en Norvège) seront les « capitales européennes de la culture ».
Le programme « capitale européenne de la culture » couvre la période 2007-2019, mais l’action a été créé par le Conseil de l’UE en 1985. Au départ les villes étaient sélectionnées au niveau intergouvernemental et depuis 2005 le Conseil décide sur proposition de la Commission. Chaque année, une ou deux villes sont choisies comme « capitales européennes de la culture », ce qui leur donne droit à une aide financière. Ces fonds financent des expositions et des manifestations qui mettent en lumière le patrimoine culturel de la ville et de sa région, ainsi que toute une série de représentations, concerts et autres spectacles qui rassemblent des acteurs et artistes de toute l'Europe. L'expérience montre que le programme a eu des incidences à long terme sur le développement de la culture et du tourisme dans les villes choisies.
A titre d’exemple :
2005 : Cork (Irlande) ;
2006 : Patras (Grèce) ;
2007 : Luxembourg et Sibiu (Roumanie) ;
2008 : Liverpool (Royaume Uni) et Stavanger (Norvège) ;
2009 : Vilnius (Lituanie) et Linz (Autriche) ;
2010 : Essen (Allemagne) et Pécs (Hongrie).
Sur les capitales européennes de la culture :
ec.europa.eu/culture/eac/other_actions/cap_europ/cap_eu_fr.html
6.4.4. Quels sont les objectifs du « programme MEDIA » ?-
Les programmes MEDIA existent depuis 1990 et ont pour objectif de renforcer le dynamisme et la compétitivité du secteur de l'audiovisuel. Le programme « MEDIA 2007 », qui succède au programmes « MEDIA Plus » et « MEDIA Formation », couvre la période 2007-2013 et est doté d'un budget total de 755 millions d'euros. Ses objectifs sont les suivants :
- offrir des formations aux professionnels ;
- mettre sur pied des projets et entreprises de production ;
- distribuer des films de cinéma et des programmes audiovisuels ;
- promouvoir l'industrie européenne chez elle et dans le monde entier ;
- fournir un accès au financement aux petites et moyennes entreprises (PME) du secteur audiovisuel.
Su le programme MEDIA :
ec.europa.eu/information_society/media/index_fr.htm
6.4.5. Quelle est la position officielle de l’Union européenne en matière de diversité culturelle ?-
La diversité culturelle et le multilinguisme, fondé sur la diversité linguistique de l'Union européenne, sont inscrits dans les traités. Le multilinguisme constitue un principe de base de la politique linguistique, tant interne qu’externe, des institutions de l'Union.
L’Union légifère pour ce qui est du nombre et de l’utilisation des langues officielles et de travail dans ses communications internes et externes, alors qu’elle ne légifère pas en matière de politique linguistique des Etats membres. Une lecture attentive des dispositions des traités (et de la future (?) « Constitution ») et de l’ « acquis communautaire » nous indique, entre autre, que :
l’Union « respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique » (article I-3 ; Traité de Nice) ;
« l’Union contribue à l’épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun » (article III-280. Traité de Nice) ;
en matière de politique commerciale commune, « le Conseil statue également à l’unanimité pour la négociation et la conclusion d’accords dans le domaine du commerce des services culturels et audiovisuels, lorsque ces accords risquent de porter atteinte à la diversité culturelle et linguistique de l’Union » (article III-315 ; Traité de Nice) ;
Il est à noter que la Commission BARROSO entrée en fonction le 22 novembre 2004, compte pour la première fois un commissaire, M. Jan Figel, qui a le multilinguisme dans ses compétences. Celui-ci a mis en place en septembre 2006 un groupe de travail de haut niveau sur le multilinguisme, composé de onze personnalités issues du monde académique et culturel des États membres. Au 1er janvier 2007, les compétences du Commissaire Figel en matière de multilinguisme ont été confiées au nouveau Commissaire roumain, M. Leonard Orban.
Les principes du multilinguisme sont clairement énoncés et les instruments de sa promotion existent. C’est au niveau de la communication courante, officielle ou non officielle, tant sur le plan interne des institutions que sur celui externe de la grande communication avec les citoyens, que se posent les problèmes de la mise en œuvre effective du multilinguisme.
Voir aussi : La diversité linguistique et les institutions de l’UE : sept constats et sept mesures. Roger Vancampenhout. Document de travail interne. Pour contacter l’auteur : europa-jetzt.org/emfr/spip.php
6.4.6. Quelle est l’importance de la diversité des attitudes en Europe ?-
La diversité culturelle entraîne des différences significatives dans l’approche des citoyens envers divers aspects de la vie de tous les jours. Ainsi, par exemple, les Anglo-Saxons sont régis par une système juridique basé sur la « common law » dans laquelle les cas pratiques passés déterminent la jurisprudence. Dans les pays latins, les lois sont édictées dans des textes qui dictent la conduite des affaires, au point que dans un pays comme l’Italie, par exemple, presque chaque décision publique est figée dans un texte de loi.
Il existe aussi une différence fondamentale dans l’approche concernant la performance des services publics. Alors que les Anglo-Saxons sont attachés à la performance opérative de leurs services – et l’évaluation ex-post est chez eux une pratique courante, les pays « latins » sont plus axés sur la validité comptable des opérations publiques et voient d’un moins bon œil ce qu’ils appellent des « contre pouvoirs ». (
Voir aussi la question 2.1.5.)
Un autre exemple de différence s’observe dans l’approche envers l’autorité publique. Dans le nord, les services publics, par exemple, se veulent un « service » à la population avec l’accent mis sur les obligations liées à la fonction publique, alors que dans des pays du sud, l’appartenance à l’administration publique est perçue plus comme un privilège. Dans les pays ayant un héritage protestant prononcé, les citoyens participent plus activement à la vie de la société, alors que les pays dits « latins », les citoyens se sentent plus dominés par une hiérarchie contre laquelle ils réagissent souvent de façon contestataire. .
Cette diversité culturelle fait la richesse de l’Europe.
Alexis de Tocqueville* estimait qu’elle rendrait toute union fédérale européenne impossible.,. Elle fut à l’origine des guerres qui ravagèrent l’Europe à travers toute son histoire et sera la cause de sa décadence si les différences dominent les efforts de convergence. Au contraire, si ces différences sont reconnues comme ayant chacune leurs faiblesses mais aussi leurs avantages, alors cette diversité sera le berceau d’un renouveau de la civilisation européenne.
« La civilisation est une maladie invariablement fatale » « Civilisation » by Kenneth Clark.
Sites Internet à consulter :
portal.unesco.org/education/fr/ev.php-URL_ID=12871&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html
portail de l’UNESCO sur la diversité culturelle et linguistique dans l’éducation.unesdoc.unesco.org/images/0014/001429/142919f.pdfConvention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, conférence générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, réunie à Paris du 3 au 21 octobre 2005.
www.diplomatie.gouv.fr/fr/rubrique.php3
dossier sur la diversité culturelle proposé par le Ministère français des Affaires Etrangères et Européennes.www.lamediatheque.be/dec/reflexions/diversite_culturelle/index.php
compte-rendu du colloque international « Le désir de diversité culturelle », 7-8 mars 2007, Flagey, Bruxelles.agora.qc.ca/francophonie.nsf/Dossiers/Diversite_culturelle
dossier sur la diversité culturelle, Encyclopédie de la Francophonie.www.diversiteculturelle.eu.
site sur la diversité culturelle numérique.
Le portail de l’Union européenne propose plusieurs pages qui touchent directement à la diversité culturelle ou qui sont des compléments à la question :
europa.eu/scadplus/leg/fr/cha/c11042.htm
le plurilinguisme et la diversité culturelleeuropa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/l29017.htm
2008, année européenne du dialogue intercultureleuropa.eu/scadplus/leg/fr/cha/c10611.htm
immigration et intégrationeuropa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/l24107.htm
l’avenir de la politique réglementaire européenne dans le domaine de l’audiovisueleuropa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/r10107.htm racisme, discriminations raciales, xénophobie et intolérance



