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Le NON suédois : un manque de citoyenneté européenne? - 06.09.2003
Le dilemne que doivent affronter les citoyens européens en Suède au vu de la gouvernance déplorable de la zone euro.
« Pas un échec pour l'Europe » écrit un éditorialiste qui deux lignes plus loin se félicite du caractère européen du vote en Estonie. Comme caméléon, on ne fait pas mieux. L'éditorialiste voit dans le vote suédois l'expression du respect des particularismes nationaux. En fait, le vote montre que ces particularismes prévalent sur l'intérêt commun : les Suédois préfèrent le confort de leur protection sociale à la lutte pour aider l'Europe à généraliser ce confort. L'euro est le symbole même de l'intégration européenne: le refuser, c'est afficher son refus de l'abandon de privilèges nationaux immédiats pour un avenir européen futur. Le votel exhale un parfum similaire à celui du vote des Irlandais sur l'élargissement. Vote d'autant plus dangereux pour l'Europe, qu'il risque d'influencer ceux à venir au Danemark et au Royaume-Uni. Il risque de reporter à la fin de la décennie l'intégration financière européenne. Le vote suédois est donc un échec grave pour l'Europe.
Cela dit, le vote des Suédois est compréhensible : la gouvernance économique de la zone euro est un échec cinglant. Au mieux (en l'an 2000), la zone euro a pu afficher une croissance annuelle de son PIB de 3.4% alors que les économies anglo-saxonnes atteignent régulièrement les 4 et 5%. La croissance économique de la zone euro reste inférieure à la moyenne de celle des pays industrialisés et - excepté pour le Japon - largement inférieure à celle des grands blocs économiques (USA, Chine, Indes,.). Seuls les pays pauvres de la zone euro affichent des taux de croissance décents alors que le moteur économique des « locomotives » françaises et allemandes cale. Dans la zone euro, le chômage ne descend pas sous les 8 - 9%, et certains pays affichent des taux qui sont le double de celui des pays hors zone euro et des USA. Le faible niveau actuel de l'inflation dans la zone euro ne garantit pas que la Banque Centrale Européenne soit capable de juguler l'inflation en période de croissance économique rapide. Finalement, l'imperfection des statistiques économiques ne minimise pas la valeur de ces comparaisons.
Cette piètre performance provient du refus de certains gouvernements nationaux d'appliquer la philosophie libérale du projet de l'euro. Le secteur public représente en moyenne 50% du PIB dans la zone euro alors qu'il est de près de 40% au Royaume-Uni et de 35% aux USA. De plus les pays du sud de la zone euro ont des administrations publiques inefficaces. : il est significatif que les pays ayant la dette publique la plus élevée - Belgique, Italie, Grèce - sont aussi ceux avec des niveaux les plus hauts de corruption . Le manque de budget et d'autorité de la Commission européenne fait que la seule politique économique commune à la zone euro reste la réduction des dépenses publiques inscrite dans le Pacte de Croissance et de Stabilité. Non seulement la politique économique de la zone euro est trop limitative, mais même ses règles élémentaires ne sont pas respectées : les principales économies de la zone euro ont récemment démontré leur refus d'appliquer ce Pacte ce qui naturellement choque les Suédois qui consacrent 52% de leur revenus à l'Etat mais qui ont un budget affichant un des surplus les plus élevés de l'UE (4.6% du PIB en 2001) et dont le niveau de corruption est parmi les plus faibles au monde. Leur problème n'est donc pas tant de devoir suivre une politique de réduction de leurs dépenses publiques, mais de devoir s'associer à des gouvernements nationaux qui se montrent incapables de mettre de l'ordre dans leurs finances. Le vote négatif des Suédois est donc au moins autant une sanction sévère contre les gouvernements nationaux qui défendent leurs particularisme aux dépens du bien-être collectif que la célébration de la spécificité suédoise.
L'aberration de la gouvernance économique de la zone euro a encore été récemment exposée publiquement par la décision concernant l'harmonisation fiscale et la politique belge de rapatriement des capitaux. D'abord, le fait que l'adoption de la décision européenne ait été conditionnée par un accord sur les quotas laitiers italiens, est illustrative de l'aberration du vote à l'unanimité dans les affaires européennes. Ensuite, ces politiques font fi du principe de libre circulation des capitaux qui pourtant était considérée comme essentielle pour permettre aux citoyens de faire jouer la concurrence pour forcer les administrations des pays membres à assainir leurs finances. Finalement, on comprend le refus des Suisses de rejoindre une Union qui leur enlèverait leur secret bancaire inscrit dans leur Constitution pour les protéger contre l'appétit insatiable des administrations publiques contre lesquelles le citoyen se trouve sinon désarmé. Les citoyens de l'euro-land ont grandement besoin des Suédois et Suisses pour les aider à assainir les finances publiques de la zone.
Tout bien considéré, on doit féliciter les 44% des Suédois qui ont voté pour l'adoption de l'euro par leur pays, alors que cela signifiait faire partie d'une économie ayant une croissance plus faible, un chômage plus élevé et une gouvernance économique déplorable. Il y a en Suède une proportion impressionnante de vrais citoyens européens.
Ils devront convaincre leurs compatriotes de soutenir une intégration plus poussée de l'Europe pour qu'au prochain référendum, la situation économique de la zone euro soit plus attrayante. Si au contraire, la Suède freine cette intégration, la zone euro sera peut -être plus compatible avec leurs particularismes nationaux mais dans une situation économique tout aussi déplorable.
Cercle vertueux ou cercle vicieux ? « That is the question".
Jean-Jacques SCHUL