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L'euro et la banque solidaire - 28.11.2000

Contribution de l'ADIE à la conférence sur les implications sociales de l'euro. Paris le 23/11/2000
      

Permettez moi de revenir un peu en arrière. Jusqu'à la naissance du capitalisme, l'économique et le social ont été intimement liés. La révolution industrielle et  la création juridique  de la société de capitaux ancre la légitimité de l'action économique dans la possession du capital. Le travail est repoussé au second plan , mais l'état se donne la responsabilité de corriger les perturbations induites par la primauté du capital . C'est la naissance du social, désormais séparé de l'économique, qui donne à l'état un rôle de tutelle en matière de solidarité, basée sur la répartition d'une partie de la richesse. L'état providence est né. Il sera renforcé progressivement arrivant à son apogée après la seconde guerre mondiale .

La finance sociale repose sur l'idée que l'argent peut être utilisé autrement que dans le seul but du profit. Elle comprend  la finance à caractère éthique, qui va de nombreux fonds d'épargne éthique à la Banca Etica en Italie,   la finance orientée vers le développement  local utilisant souvent des prêts à taux 0, particulièrement développée en Grande Bretagne  et  le microcrédit, dont je voudrais vous parler .

Le microcrédit est un mouvement  international qui compte près de 10 millions de clients actifs dans le monde avec un encours de l'ordre de 2 à 3 milliards d'euros. Il s'est développé d'abord dans les pays du Tiers Monde mais s'étend de plus en plus dans les pays industriels et notamment en France et en Europe.

Il a pour objet de permettre aux personnes pauvres dans les pays du Tiers monde et aux personnes  au chômage  dans les pays industriels de créer de la richesse et  d'être à nouveau  sujets de leur propre destin, au lieu d'être objets des politiques sociales basées sur la répartition.

C'est une vision assez révolutionnaire par rapport à celle séparant l'économie du marché basée sur le profit et la politique sociale basée sur la répartition. Elle refuse l'exclusion de l'homme par l'homme, fait confiance à la capacité des exclus de créer leur propre emploi ,  s'inscrit dans l'évolution de l'économie vers des petites unités de production rendues possibles par la nouvelle révolution industrielle et le développement des services. En développant la dynamique entrepreneuriale à la base, et en diminuant en même temps les prélèvements sociaux elle contribue à rendre l' économie plus compétitive. Elle s'inscrit donc parfaitement dans la construction d'un marché européen ouvert et  la mise en place de l'euro


Exemple français

Le programme de crédit solidaire mené en France par l'ADIE  a permis de :

 Financer près de 10 000 entreprises créées par des chômeurs dont 3000 en 2000,
 Révéler une demande forte de la population cible, (plus d'un tiers de créateurs d'entreprise sont des chômeurs)
 Obtenir des résultats satisfaisants en termes d'impayés (>10%) et de taux de survie des entreprises créées, proches de la moyenne nationale,
 Montrer que l'esprit d'entreprise est la chose du monde la mieux partagée
 Démontrer que si la rentabilité financière est difficile à atteindre dans les contexte réglementaire actuel, le coût pour la collectivité d'une entreprises créée, en termes d'accompagnement et de risque représente un dixième de coût annuel d'un chômeur,
 Mobiliser de l'appui des banques et notamment des banques mutualistes, à partir du moment où les surcoûts de ce type de crédit et une partie du risque sont externalisés ;
 Susciter l'intérêt du gouvernement et de l'opinion publique, qui se traduit notamment par l'amendement de la loi bancaire, permettant aux associations d'emprunter pour prêter et par le soutien accordé au  développement du réseau de l'ADIE qui couvre à présent  19 régions et 73 départements et devrait couvrir l'ensemble du territoire national en 2001.  

Propositions faites à la Commission Européenne dans le cadre de la Présidence Française

C'est sur la base de ces réalisations concrètes que le Ministre des Finances et de l'Economie soutient dans le cadre de la présidence française le développement des microentreprises et du microcrédit  dans l'Union Européenne, ce qui exige en fait :

 Assouplissement du cadre institutionnel  des microentreprises et du microcrédit
 Mise en place des instruments européens de financement : Ecofin du 7 novembre a décidé la création d'une facilité microcrédit.
 Approche financement intégrée avec l'accompagnement déjà financé par le FSE
 Création d'un  centre ressources pour diffuser les « bonnes pratiques » permettant de créer des institutions de microcrédit durables.

Relations entre l'euro et le développement des microentreprises et du microcrédit

On ne le sait pas toujours : les très petites entreprises représentent 93% du total des entreprises  et assurent un tiers des emploi dans l'Union Européenne. Une entreprise sur deux est une entreprise individuelle  sans salarié et un salarié sur 5 travaille dans une très petite entreprise. Ce sont les tpe qui sont pour une large part à l'origine de l'emploi futur. Elles le seront d'autant plus que le potentiel d'initiative des exclus du marché de travail sera libéré, que le secteur informel évalué à  10 % du PIB pourra être légalisé.

Le marché européen représente 300 millions de consommateurs. Les entreprises n'y ont pas de risque de change. L'euro ouvre un vaste espace de communication et de comparaison entre les pays membres de l'Union. Peut on imaginer que les différences de statut du créateur, de la réglementation de certaines activités, du  poids et de la complexité des charges sociales et fiscales pourront résister à ses comparaisons désormais faciles ?  Ne risque-t-on pas que les entreprises se délocalisent à l'intérieur de l'union pour profiter du cadre institutionnel le plus favorable ?  L'euro jouera, en  fait,  un rôle déterminant dans l'harmonisation du cadre institutionnel des microentreprises et du microcrédit,  permettant une concurrence loyale sur le marché intérieur de l'Union Européenne. Soutenu par les nouvelles technologies de communication il devrait faciliter le développement des petites unités de production et de services, reliées en réseau, qui correspondent à la nouvelle révolution industrielle.

En sens inverse, en soutenant la dynamique entrepreuneuriale, en libérant les initiatives de tous les acteurs économiques, y compris de ceux qui n'ont pas directement accès au capital,  en permettant aux personnes exclues du marché de travail de devenir des créateurs de richesse, en limitant d'autant la charge des prélévements sociaux sur l'économie et en renouant le lien social, le microcrédit ouvre pour le renforcement de l'économie européenne face à la concurrence internationale. En soutenant la croissance, l'emploi et la cohésion sociale, il soutient l'euro.

Au delà de son rôle d'instrument d'échange la monnaie a aussi  d'autres fonctions. Dans les sociétés primitives, la monnaie de coquillages symbolisait les ancêtres, c'est à dire la vie. Le crédit, « cet agile substitut de l'argent » comme l'appelait Fernand Braudel a l'énorme avantage de créer la richesse future sans remettre en cause la richesse présente. Ouvrir accès au crédit aux personnes exclues du marché de travail  est un moyen modeste de ralentir la concentration du capital et d'agir en faveur du développement local, contrepoids indispensable à la mondialisation

Maria NOWAK
Présidente de l'Association pour le Droit à L'Initiative Economique
            Maria NOWAK,