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Grands Pays et UEM - 07.02.2004

 Déclarations de Jacques DELORS lors de son passage à Bruxelles en janvier 2004
      

Paradoxalement, c'est l'excès de souveraineté des Etats  postmodernes qui est une source d'immobilisme et d'inertie
Sandy Cohen, Directeur du Centre d'Etudes et de Recherches Internationales. Le Monde 7/2/2004.

Extraits de l'intervention de Jacques DELORS à Bruxelles en janvier 2004.

Mais les prétendus Grands qui agiraient pour leur compte, ne doivent pas se faire trop d'illusions: ils ne garderont pas leur influence dans le monde. S'ils ne peuvent pas parler au nom de l'Europe comme ensemble, ils seront eux aussi balayés, ils ne pèseront pas lourd face aux Etats-Unis, à la Chine et aux autres grandes entités mondiales. Même la prospérité économique et le bien-être seraient, à la longue, compromis (voir plus loin les passages relatifs à l'Union économique et monétaire).
Alors, que faudrait-il faire? Agir dans trois directions. a) l'Europe à 25 (et bientôt davantage) devra gérer l'espace européen de manière cohérente et complète, avec l'indispensable solidarité et avec les politiques communes, y compris celles relatives à la justice et aux affaires intérieures (il y a eu du bon, dans le domaine JAI); b) parallèlement, il faut réussir l'UEM, qui continue à boiter, et c) ouvrir la voie à la différenciation permettant de développer progressivement des actions communes dans le domaine de la politique étrangère (actions communes, pas une politique commune qui n'est pas encore à notre portée) et de la politique de défense. Avec ces trois éléments - gestion efficace de l'espace commun, Union économique et monétaire complétée et renforcée, différenciation admise - et en restant fidèles à la méthode communautaire, on peut repartir, car pour l'Europe rien n'est jamais acquis mais rien n'est jamais perdu.
Si l'Europe ne réussit pas l'UEM, à quoi bon d'autres projets? Dans plusieurs de ses interventions, Jacques Delors a insisté en particulier sur l'équilibrage et l'efficacité de l'Union économique et monétaire. Le pilier économique à côté du pilier monétaire est indispensable:  sans cela, rien n'est sérieux. Il s'est gentiment moqué du nominalisme français, qui est parfois incroyable: la France a obtenu que le mot croissance soit ajouté au Pacte de stabilité, et elle était satisfaite. Dès 1997, Jacques Delors avait proposé qu'on ajoute au Pacte de stabilité un Pacte de coordination des politiques économiques qui aurait permis de développer une politique économique et sociale coordonnée accroissant les possibilités de croissance et de développement équilibré, créateurs d'emploi. À la Libre Belgique, il a déclaré: J'ai envoyé ce projet à plusieurs responsables, mais je n'ai même pas eu droit à une réponse. Voilà où nous en sommes. Il faut reformer et réussir l'UEM, mais on sent qu'il n'y a pas la volonté de partager l'exercice de la souveraineté dans les domaines de politique économique et sociale. C'est lié à l'attitude majoritaire des ministres de l'Economie et des Finances. Dans l'exposé devant la Fondation Spaak, lors de la cérémonie organisée par Etienne Davignon et par Antoinette Spaak, il a dit: Si l'on ne réussit pas l'UEM, à quoi bon d'autres projets? À défaut de la coordination économique, même l'euro pourrait avoir des difficultés. Il faut rendre hommage à l'euro. Qu'est-ce qui serait arrivé en son absence, compte tenu des déficits budgétaires et des crises financières dans le monde? Certaines monnaies des Etats membres auraient été attaquées, on aurait eu droit aux tempêtes monétaires dans l'UE même. Avec l'euro, tout est resté tranquille. L'euro nous protège, mais il ne dynamise pas. Nous avons besoin d'une gouvernance économique fondée sur la coordination. Et alors reviendront en Europe les périodes fastes et dynamiques.

            Michel SOUBIES, extraits de CR

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