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Inhalt
- 1.2.1. Vor dem Euro
- 1.2.2. Die Vorbereitung auf den Euro
- 1.2.3. Mit dem Euro
- 1.2.4. Die Konvergenzkriterien
- 1.2.5. Scheine und Münzen in Euro
- 1. Der Euro
- 2. Die Wirtschafts- und Sozialkulturen in der Europäischen Union (EU)
- 3. Die europäischen Werte und Symbole
- 4. Die EU in der Welt
- 5. Unionsbürgerschaft
- 6. Kulturelle Vielfalt und Bildung
- 7. Die politische Integration Europas
Suche frage
Die Entwicklung Europas - Die Geschichte des Euros
1.2.2. Die Vorbereitung auf den Euro
1.2.2.1. Das Europäische Währungssystem (EWS)
1.2.2.2.1. L'ECU officiel : une monnaie panier ?-
On appelait ECU officiel l'unité de compte/monnaie utilisée dans le cadre du SME. Il a succédé à l'UCE-panier au taux de 1 à 1. Sa valeur était ensuite calculée périodiquement par la CE en fonction des taux de change des monnaies composantes. La nouvelle monnaie-panier était composée d'une quantité fixe de chaque monnaie d'États membres de la CEE. Elle correspondait en principe au poids relatif de l'économie et de la population de chaque pays dans la CEE. La composition était révisable tous les cinq ans jusqu'au 1er novembre 1993, date d'entrée en vigueur du traité sur l'Union européenne qui succède au traité instituant la CEE.
Composition de l'ECU-panier
© Promeuro - Illustration 1.2.2.aAvant cette date, chaque fois qu'un pays rejoignait l'Union, sa monnaie nationale était intégrée dans le panier, ce qui provoquait une incertitude quant à la valeur future de l'ECU. L'article 109 G du traité sur l’Union européenne a gelé sa composition aux 12 monnaies des pays alors membres. C'est pourquoi les monnaies des 3 États membres entrés dans l'Union en 1995 - Autriche, Finlande et Suède - n'étaient pas représentées dans l'ECU.
1.2.2.2.2. Qu'est-ce que l'écu privé ?-
En 1982, une banque commerciale - la filiale dans le grand-duché de Luxembourg de la Kredietbank - décida d'émettre des obligations libellées en ECU. Plutôt que de souscrire à ces emprunts en monnaies nationales, que la banque aurait ensuite converties en ECU, les souscripteurs purent, avec l'accord de la Banque des règlements internationaux (BRI), ouvrir un compte en ECU et ainsi traiter directement dans cette monnaie. Les deux premières obligations en ECU furent émises pour le compte de la Société financière pour les télécommunications et l'électronique - Gruppo Telecom Italia (Sofete SA) - et de la Banque européenne d'investissement (BEI). Ainsi l'ECU devint plus qu'une unité de compte. Il devint aussi réserve de valeur appelée « écu privé » écrit en minuscules pour le distinguer de l'ECU officiel. C'était une mesure de valeur utilisée dans des contrats commerciaux et financiers. Sa composition était égale à celle de l'ECU officiel. Sa valeur était déterminée par l'offre et la demande de l'écu sur les marchés financiers.
Son cours pouvait donc s'écarter légèrement de celui de l'ECU officiel. Le delta mesurait la différence entre l'ECU officiel et l'écu privé : il a dépassé durablement - 1 % entre fin 1994 et début 1996. Le delta mesurait en quelque sorte la confiance des marchés dans la monnaie européenne ; il n'a été régulièrement positif que de mi-1997 à décembre 1999.
Il est à noter qu'au cours des tourmentes financières qui ont gravement secoué les marchés financiers européens en 1992 et 1993, les définitions de l'ECU officiel et de l'écu privé n'ont jamais été mises en doute, ni officiellement, ni sur les marchés privés.
Évolution du delta de l'écu
© Promeuro - Illustration 1.2.2.b
1.2.2.2.3. L'écu : comment était-il créé ?-
L'écu était créé par les banques via des opérations de crédit qu'elles s'accordaient. En l'absence d'une Banque centrale européenne, la
compensation* entre positions créditrices et débitrices en écu était effectuée par l'Association bancaire pour l'écu (ABE), avec la collaboration technique de la Banque des règlements internationaux (BRI). La transmission des messages était assurée par le réseau Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication).
Le Système comportait 46 banques de compensation. Les
banques « correspondantes » qui n'en étaient pas membres, devaient passer leurs ordres de paiement par l'intermédiaire d'une banque de compensation. En outre, les non-banques (caisses d'épargne, services de comptes chèques postaux) devaient nécessairement passer par une banque.
Volume des compensations de l'écu par l'ABE
© Promeuro - Illustration 1.2.2.cPour plus d'informations sur la Société mondiale de télécommunications financières interbancaires, le site de
SWIFT : http:\\www.swift.com Pour plus d'information sur l'« Euro Banking Association », le site de
l'ABE :http://www.abe.org
1.2.2.2.4. Le marché de l'écu était-il bien réel ?-
L'absence de billets et pièces en écu le rendait abstrait. Il n'existait que sous forme
scripturale*. Chacun pouvait, par exemple, ouvrir un compte bancaire courant en écu à partir duquel toutes les opérations financières habituelles étaient possibles, comme pour les monnaies nationales, qui d’ailleurs, sont aussi de nature largement scripturale plutôt que
fiduciaire*. Le marché de l'écu existait bel et bien et sa taille était loin d'être négligeable. En 1992, l'écu était en passe de devenir la troisième monnaie la plus importante au monde (après l'USD et le DEM) sur les marchés obligataires. Jusqu'en 1998, le montant compensé quotidiennement par l'ABE était d'environ 50 milliards d'écus.
1.2.2.2.5. L'écu était-il une monnaie de plein droit ?-
Une monnaie doit posséder trois attributs : être à la fois unité de compte, réserve de valeur (épargne) et
moyen de paiement*.
L'ECU était l'unité de compte officielle de l'UE depuis 1979, également utilisée par de nombreuses entreprises publiques ou privées (Fiat, Alcatel, Amadeus, Eutelsat, Merck, etc.) pour établir leurs comptes, comme prix de référence dans leurs facturations et pour régler des fournisseurs. La plupart des sociétés de chemins de fer et de télécommunications européennes avaient recours à l'ECU dans leurs relations internationales.
Il jouait aussi son rôle de réserve de valeur comme le montre son développement sur les marchés financiers. De nombreux produits financiers en écu étaient disponibles : obligations, contrats à terme, options, swaps, papier commercial, certificats de dépôt. Chacun pouvait ouvrir un compte bancaire en écu, émettre des eurochèques en écu ou utiliser une carte de crédit libellée en écu.
Toutefois, l'utilisation de l'écu comme moyen de paiement dans les transactions commerciales connut un développement négligeable. Il ne pouvait être utilisé que si les deux parties étaient d'accord. C'est ce manque d'utilisation dans les transactions commerciales qui réduisait son degré monétaire (en anglais : « moneyness »).
Remarque.- Comme la plupart des monnaies étrangères, l'écu, qui n'existait pas sous
forme fiduciaire*, n'avait pas de
valeur libératoire*. Il était cependant convertible en monnaies ayant
valeur libératoire* : dans une banque, on échangeait vos avoirs en écu dans la monnaie que vous souhaitiez.
1.2.2.2.6. Quels étaient les avantages de l'écu ?-
- La neutralité.
Dans une transaction internationale, surtout entre pays dont les monnaies entraient dans sa composition, l'écu dispensait du choix entre la monnaie de l'acheteur et celle du vendeur, et répartissait plus équitablement le risque de change.
De même, un investisseur qui achetait des actifs financiers européens s'épargnait le choix entre plusieurs devises. Grâce aux titres en écu, il pouvait jouer l'Europe. Ceci était particulièrement vrai pour les investisseurs non européens qui connaissaient mal chacun des pays européens. De plus, il existait en écu une large gamme de produits financiers qui faisait défaut dans certaines devises nationales.- La simplification.
L'écu améliorait la transparence des prix, en facilitant la comparaison des prix des marchandises ou services provenant de divers pays. En utilisant l'écu, une multinationale pouvait simplifier sa gestion de trésorerie et donc réaliser une économie.
- La stabilité.
Grâce à son rattachement à l'ECU-panier et au SME, qui limitaient les variations de taux de change des monnaies participantes, l'écu bénéficiait d'une plus grande stabilité que les devises nationales dont les fluctuations entre elles, à court terme, pouvaient être importantes (voir illustration 1a).
- La réduction des coûts des transactions.
Utilisé par un grand nombre d'acteurs, l'écu aurait permis de réduire les frais de change. En effet, si de plus en plus d'achats et de ventes avaient été libellés en écu, il se serait produit de facto une compensation entre les sommes à payer et à recevoir, le marché aurait gagné en liquidité et les frais de change auraient diminué. Cette évolution dépendait du nombre d'utilisateurs et du coût imposé par les banques sur les transferts en écus.
1.2.2.2.7. Quelles étaient les lacunes de l'écu ?-
- L'absence de base territoriale.
Sans marché domestique, l'écu était partout une devise étrangère, ce qui limitait le nombre d'utilisateurs finals. Comme il n'avait pas de cours légal, nul n'était tenu d'accepter le règlement d'une dette en écus. Peu l'utilisaient : à quoi bon disposer d'un téléphone si les autres en sont dépourvus ?- La complication de la monnaie parallèle.
C'était une 13e ou 16e monnaie dans l'Union. Il n'existait ni pièces ni billets en écu. Les pièces frappées du nom « écu » sont des médailles destinées aux numismates ; elles n'ont qu'une valeur d'article de collection et pas de valeur libératoire.
Si l'écu pouvait être utilisé dans certaines transactions, pour d'autres, par exemple pour payer les impôts, les taxes, les matières ou les services dont le prix officiel était fixé en monnaie nationale (essence, énergie, eau, transports en commun, etc.), il fallait obligatoirement recourir aux monnaies nationales. Dans la plupart des pays, une société devait émettre son capital social et présenter ses comptes en monnaie nationale.- Le risque de change.
Malgré la stabilité de l'écu à court terme, un risque de change persistait. Comme monnaie panier, l'écu se dévaluait nécessairement par rapport aux monnaies « fortes » et se réévaluait par rapport aux monnaies « faibles ». Les investisseurs de pays à monnaie forte étaient confrontés à un risque de dépréciation de leur épargne en écu alors que les emprunteurs des pays à monnaie faible risquaient de voir s'apprécier leur dette, convertie en monnaie nationale malgré le mécanisme des taux de change (MTC).
Cette fragilité de l'écu fut accentuée par la tendance de certains pays à financer leur dette publique à partir du marché de l'écu. Cette pratique fut ensuite éliminée par l'interdiction faite aux banques centrales d'offrir des
découverts* à leurs gouvernements. Néanmoins, l'écu conserva sa réputation de monnaie faible dans les pays à monnaie forte. - Le coût élevé des transactions bancaires.
L'écu privé était créé par des banques privées et non émis par une banque centrale. Il n'existait donc pas de
prêteur en dernier ressort*, comme c'était le cas pour les monnaies nationales, ce qui créa un certain risque de découvert, bien que toutes les précautions fussent prises pour assurer la stabilité du système. Ce risque, lié à un manque de liquidité du marché, entraîna des frais élevés sur les transactions en écu, surtout de faible montant. Le système de compensation de l'ABE ne convenait qu'aux montants élevés.
1.2.2.2.8. Quel rôle le « plan Delors » a-t-il joué dans la construction monétaire européenne ?-
Le « Rapport du comité Delors », était le résultat d'une réflexion d'un groupe d'experts parmi lesquels les douze gouverneurs des banques centrales. Ses conclusions furent soumises par
Jacques Delors*, alors président de la Commission, au Conseil européen de Madrid en 1989. Il proposait une transition progressive vers la monnaie unique en soutien au marché unique. Il révéla la nécessité d'un nouveau traité sur l'Union pour arriver à la monnaie unique. Il démontra que les forces du marché à elles seules ne suffiraient pas à doter la Communauté de cette monnaie. Il demandait des mesures pour assurer une meilleure « convergence » des politiques économiques, et développer le marché de l'écu privé. Il proposa aussi la mise en place d'un « Système européen des Banques Centrales » (SEBC). Il ne fixait pas de dates pour chaque phase d'intégration mais reprenait sous une autre forme les phases du plan Werner.
L'application du plan Delors se retrouve dans les articles 109 F.2. et 109 J.1. du traité sur l'Union européenne qui supposaient un développement continu d'un marché de l'écu jusqu'à l'avènement de la monnaie unique. Cette conception d'évolution naturelle vers la monnaie unique fut finalement abandonnée en faveur du scénario « big-bang » proposé par l'Institut monétaire européen (IME) et la CE, et entériné par le Sommet de Madrid en décembre 1995. Dans ce scénario, l'introduction de la monnaie unique se fait d'un seul coup, avec une période minimale de transition.
1.2.2.2.9. De l'ECU à l'euro : quel rapport ?-
L'ECU cessa d'exister lors de la création de l'euro le 1er janvier 1999. À cette date, l'ensemble des ECU et écus furent convertis en euros au taux de 1 contre 1.
Ni l'ECU, unité de compte, ni l'écu, panier de monnaies, n'étaient des monnaies « à part entière » puisque leur valeur dépendait de celle des composantes, elles seules
possédant un prêteur* en dernier ressort. Peu utilisé dans le commerce, l'écu n'avait donc pas tous les attributs d'une monnaie.
L'euro, en revanche, possède tous ces attributs, en particulier celui de moyen de paiement dans les transactions commerciales et publiques avec les autorités nationales (par exemple pour le règlement des impôts).
Dans les pays qui adoptent l'euro, celui-ci a valeur libératoire et bien sûr existe sous forme de billets et de pièces.
Le cadre institutionnel est différent. En effet, la politique monétaire de l'euro est décidée par la Banque centrale européenne (BCE) dont l'objectif premier est la stabilité des prix.
La différence fondamentale est que l'écu s'ajoutait aux monnaies nationales et n'éliminait donc pas les fluctuations entre elles, alors que l'euro remplace les monnaies nationales, éliminant ainsi complètement le risque de change entre elles.
1.2.2.2.10. Comment un ECU, monnaie panier de douze monnaies nationales, a-t-il pu devenir égal à un euro ?-
Le traité sur l'Union européenne précise - art. 109 L.4. - qu'au moment du passage de l'ECU (dans les versions du traité en langues latines, l'ECU est écrit « écu » , dans toutes les autres langues le traité se réfère à « ECU ») à l'écu monnaie à part entière, c'est-à-dire l'euro, « cette mesure ne modifie pas en soi la valeur externe de "l'écu" (appelé euro) » (voir question 4.3.).
En fait, le jour de sa conversion en euro, l'ECU, qui avait une contre-valeur dans une monnaie non-européenne, par exemple le dollar, fut déconnecté de ses composantes, mais garda sa valeur par rapport à cette monnaie externe. Si l'ECU avait valu 1 USD au 31 décembre 1998 à minuit, l'euro eut été égal à 1 USD le 1er janvier 1999.
Cela permettait aux monnaies composantes de fixer leurs taux de conversion par rapport à l'euro sans pour autant perturber les marchés financiers de la monnaie européenne. Ce taux de 1 contre 1 entre ECU et euro fut confirmé par le cadre juridique de l'euro approuvé par les chefs d'État et de gouvernement en décembre 1996 à Dublin. Il se situait dans la ligne des conversions qui ont parsemé l’histoire de la construction monétaire européenne : à chaque étape, la nouvelle unité monétaire s'est échangée de 1 à 1 avec l'ancienne. Ainsi de l'UCE à l'UC, de l'UC à l'ECU (unité de compte) et donc de l'ECU à l'euro. Dans le passé déjà, l'ECU n'était pas affecté par l'appartenance ou non de la GBP au mécanisme de change du SME. Il n'y a donc rien d'étonnant à l'équivalence entre ECU et euro, quelles que soient les monnaies remplacées par l'euro.
Pour rassurer les médias et les marchés, la Banque européenne d'investissement (BEI) décida d’assortir explicitement l'emprunt de 500 millions d'écus émis en 1996 d'une garantie de conversion d'un ECU pour un euro. En janvier 1997, la BEI s'était même présentée sur le marché avec le premier emprunt libellé en euro (1 milliard à 7 ans). Elle a fait de même avec plusieurs emprunts libellés en monnaie d'un État membre, assortis d'une clause de conversion en euro au taux fixé lors de l'entrée du pays dans l'UEM.
Plusieurs organes publics, dont la CE et la BEI d'ailleurs, avaient confirmé publiquement que l'ensemble de leurs dettes en ECU serait converti dès le 1er janvier 1999 au taux de 1 ECU pour 1 euro, même lorsque cette garantie n'était pas explicitement mentionnée.
1.2.2.2.11. En quoi le phénomène de l'écu fut-il important pour la monnaie unique européenne ?-
Un ECU fut échangé pour un euro, en conformité avec le principe de continuité de l'unité monétaire européenne respecté depuis le lancement de l'UCE en 1950 et de l'UCE-panier en 1975. Sans l'ECU, la valeur future approximative des monnaies nationales en euro n'aurait pas pu être estimée. Son existence permet aussi de mieux apprécier l'évolution des taux de change de l'ensemble des monnaies européennes et de l'euro par rapport aux monnaies externes pour les années précédant le lancement de l’euro.
L'ECU était fréquemment utilisé non seulement par les institutions européennes mais aussi par la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), et pour leurs compensations internationales, par exemple par les chemins de fer de vingt pays européens, dans les secteurs des télécommunications et de la marine.
L'écu fut révélateur de l'engagement du secteur privé dans la marche vers la monnaie unique. Il démontra le besoin d'une monnaie commune en Europe et notamment d'un grand marché des capitaux. Il fut aussi un symbole, au sein de l'Union, de la solidarité Nord-Sud, principe fondateur du traité de Rome.
Un économiste américain renommé qualifia l’écu d’innovation financière la plus remarquable de la seconde moitié du XXème siècle. L’audace qui caractérisa son lancement annonçait celle qui prévalu lorsque les 15 pays membres de l’Union européenne s’engagèrent dans l’aventure innovatrice qui consista à remplacer leur monnaie nationale par l’euro.
Les graves perturbations du marché de l'écu en 1992 et 1993 démontrèrent aussi l'importance d'une gestion saine des finances publiques et d'une convergence renforcée des politiques économiques des États membres de l'Union en vue d'une monnaie future fiable. Elles mirent aussi en évidence le danger d'un manque de soutien populaire à toute construction monétaire européenne.
En conclusion, l'écu constitua une étape importante dans le processus d'intégration monétaire en Europe.
Pour plus d'informations, le site des
archives de l'euro : www.ecu-activities.be
Euro birth and life, European Parliament Fact sheets.
1.2.2.2. Der ECU und der ecu
1.2.2.2.1. L'ECU officiel : une monnaie panier ?-
On appelait ECU officiel l'unité de compte/monnaie utilisée dans le cadre du SME. Il a succédé à l'UCE-panier au taux de 1 à 1. Sa valeur était ensuite calculée périodiquement par la CE en fonction des taux de change des monnaies composantes. La nouvelle monnaie-panier était composée d'une quantité fixe de chaque monnaie d'États membres de la CEE. Elle correspondait en principe au poids relatif de l'économie et de la population de chaque pays dans la CEE. La composition était révisable tous les cinq ans jusqu'au 1er novembre 1993, date d'entrée en vigueur du traité sur l'Union européenne qui succède au traité instituant la CEE.
Composition de l'ECU-panier
© Promeuro - Illustration 1.2.2.aAvant cette date, chaque fois qu'un pays rejoignait l'Union, sa monnaie nationale était intégrée dans le panier, ce qui provoquait une incertitude quant à la valeur future de l'ECU. L'article 109 G du traité sur l’Union européenne a gelé sa composition aux 12 monnaies des pays alors membres. C'est pourquoi les monnaies des 3 États membres entrés dans l'Union en 1995 - Autriche, Finlande et Suède - n'étaient pas représentées dans l'ECU.
1.2.2.2.2. Qu'est-ce que l'écu privé ?-
En 1982, une banque commerciale - la filiale dans le grand-duché de Luxembourg de la Kredietbank - décida d'émettre des obligations libellées en ECU. Plutôt que de souscrire à ces emprunts en monnaies nationales, que la banque aurait ensuite converties en ECU, les souscripteurs purent, avec l'accord de la Banque des règlements internationaux (BRI), ouvrir un compte en ECU et ainsi traiter directement dans cette monnaie. Les deux premières obligations en ECU furent émises pour le compte de la Société financière pour les télécommunications et l'électronique - Gruppo Telecom Italia (Sofete SA) - et de la Banque européenne d'investissement (BEI). Ainsi l'ECU devint plus qu'une unité de compte. Il devint aussi réserve de valeur appelée « écu privé » écrit en minuscules pour le distinguer de l'ECU officiel. C'était une mesure de valeur utilisée dans des contrats commerciaux et financiers. Sa composition était égale à celle de l'ECU officiel. Sa valeur était déterminée par l'offre et la demande de l'écu sur les marchés financiers.
Son cours pouvait donc s'écarter légèrement de celui de l'ECU officiel. Le delta mesurait la différence entre l'ECU officiel et l'écu privé : il a dépassé durablement - 1 % entre fin 1994 et début 1996. Le delta mesurait en quelque sorte la confiance des marchés dans la monnaie européenne ; il n'a été régulièrement positif que de mi-1997 à décembre 1999.
Il est à noter qu'au cours des tourmentes financières qui ont gravement secoué les marchés financiers européens en 1992 et 1993, les définitions de l'ECU officiel et de l'écu privé n'ont jamais été mises en doute, ni officiellement, ni sur les marchés privés.
Évolution du delta de l'écu
© Promeuro - Illustration 1.2.2.b
1.2.2.2.3. L'écu : comment était-il créé ?-
L'écu était créé par les banques via des opérations de crédit qu'elles s'accordaient. En l'absence d'une Banque centrale européenne, la
compensation* entre positions créditrices et débitrices en écu était effectuée par l'Association bancaire pour l'écu (ABE), avec la collaboration technique de la Banque des règlements internationaux (BRI). La transmission des messages était assurée par le réseau Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication).
Le Système comportait 46 banques de compensation. Les
banques « correspondantes » qui n'en étaient pas membres, devaient passer leurs ordres de paiement par l'intermédiaire d'une banque de compensation. En outre, les non-banques (caisses d'épargne, services de comptes chèques postaux) devaient nécessairement passer par une banque.
Volume des compensations de l'écu par l'ABE
© Promeuro - Illustration 1.2.2.cPour plus d'informations sur la Société mondiale de télécommunications financières interbancaires, le site de
SWIFT : http:\\www.swift.com Pour plus d'information sur l'« Euro Banking Association », le site de
l'ABE :http://www.abe.org
1.2.2.2.4. Le marché de l'écu était-il bien réel ?-
L'absence de billets et pièces en écu le rendait abstrait. Il n'existait que sous forme
scripturale*. Chacun pouvait, par exemple, ouvrir un compte bancaire courant en écu à partir duquel toutes les opérations financières habituelles étaient possibles, comme pour les monnaies nationales, qui d’ailleurs, sont aussi de nature largement scripturale plutôt que
fiduciaire*. Le marché de l'écu existait bel et bien et sa taille était loin d'être négligeable. En 1992, l'écu était en passe de devenir la troisième monnaie la plus importante au monde (après l'USD et le DEM) sur les marchés obligataires. Jusqu'en 1998, le montant compensé quotidiennement par l'ABE était d'environ 50 milliards d'écus.
1.2.2.2.5. L'écu était-il une monnaie de plein droit ?-
Une monnaie doit posséder trois attributs : être à la fois unité de compte, réserve de valeur (épargne) et
moyen de paiement*.
L'ECU était l'unité de compte officielle de l'UE depuis 1979, également utilisée par de nombreuses entreprises publiques ou privées (Fiat, Alcatel, Amadeus, Eutelsat, Merck, etc.) pour établir leurs comptes, comme prix de référence dans leurs facturations et pour régler des fournisseurs. La plupart des sociétés de chemins de fer et de télécommunications européennes avaient recours à l'ECU dans leurs relations internationales.
Il jouait aussi son rôle de réserve de valeur comme le montre son développement sur les marchés financiers. De nombreux produits financiers en écu étaient disponibles : obligations, contrats à terme, options, swaps, papier commercial, certificats de dépôt. Chacun pouvait ouvrir un compte bancaire en écu, émettre des eurochèques en écu ou utiliser une carte de crédit libellée en écu.
Toutefois, l'utilisation de l'écu comme moyen de paiement dans les transactions commerciales connut un développement négligeable. Il ne pouvait être utilisé que si les deux parties étaient d'accord. C'est ce manque d'utilisation dans les transactions commerciales qui réduisait son degré monétaire (en anglais : « moneyness »).
Remarque.- Comme la plupart des monnaies étrangères, l'écu, qui n'existait pas sous
forme fiduciaire*, n'avait pas de
valeur libératoire*. Il était cependant convertible en monnaies ayant
valeur libératoire* : dans une banque, on échangeait vos avoirs en écu dans la monnaie que vous souhaitiez.
1.2.2.2.6. Quels étaient les avantages de l'écu ?-
- La neutralité.
Dans une transaction internationale, surtout entre pays dont les monnaies entraient dans sa composition, l'écu dispensait du choix entre la monnaie de l'acheteur et celle du vendeur, et répartissait plus équitablement le risque de change.
De même, un investisseur qui achetait des actifs financiers européens s'épargnait le choix entre plusieurs devises. Grâce aux titres en écu, il pouvait jouer l'Europe. Ceci était particulièrement vrai pour les investisseurs non européens qui connaissaient mal chacun des pays européens. De plus, il existait en écu une large gamme de produits financiers qui faisait défaut dans certaines devises nationales.- La simplification.
L'écu améliorait la transparence des prix, en facilitant la comparaison des prix des marchandises ou services provenant de divers pays. En utilisant l'écu, une multinationale pouvait simplifier sa gestion de trésorerie et donc réaliser une économie.
- La stabilité.
Grâce à son rattachement à l'ECU-panier et au SME, qui limitaient les variations de taux de change des monnaies participantes, l'écu bénéficiait d'une plus grande stabilité que les devises nationales dont les fluctuations entre elles, à court terme, pouvaient être importantes (voir illustration 1a).
- La réduction des coûts des transactions.
Utilisé par un grand nombre d'acteurs, l'écu aurait permis de réduire les frais de change. En effet, si de plus en plus d'achats et de ventes avaient été libellés en écu, il se serait produit de facto une compensation entre les sommes à payer et à recevoir, le marché aurait gagné en liquidité et les frais de change auraient diminué. Cette évolution dépendait du nombre d'utilisateurs et du coût imposé par les banques sur les transferts en écus.
1.2.2.2.7. Quelles étaient les lacunes de l'écu ?-
- L'absence de base territoriale.
Sans marché domestique, l'écu était partout une devise étrangère, ce qui limitait le nombre d'utilisateurs finals. Comme il n'avait pas de cours légal, nul n'était tenu d'accepter le règlement d'une dette en écus. Peu l'utilisaient : à quoi bon disposer d'un téléphone si les autres en sont dépourvus ?- La complication de la monnaie parallèle.
C'était une 13e ou 16e monnaie dans l'Union. Il n'existait ni pièces ni billets en écu. Les pièces frappées du nom « écu » sont des médailles destinées aux numismates ; elles n'ont qu'une valeur d'article de collection et pas de valeur libératoire.
Si l'écu pouvait être utilisé dans certaines transactions, pour d'autres, par exemple pour payer les impôts, les taxes, les matières ou les services dont le prix officiel était fixé en monnaie nationale (essence, énergie, eau, transports en commun, etc.), il fallait obligatoirement recourir aux monnaies nationales. Dans la plupart des pays, une société devait émettre son capital social et présenter ses comptes en monnaie nationale.- Le risque de change.
Malgré la stabilité de l'écu à court terme, un risque de change persistait. Comme monnaie panier, l'écu se dévaluait nécessairement par rapport aux monnaies « fortes » et se réévaluait par rapport aux monnaies « faibles ». Les investisseurs de pays à monnaie forte étaient confrontés à un risque de dépréciation de leur épargne en écu alors que les emprunteurs des pays à monnaie faible risquaient de voir s'apprécier leur dette, convertie en monnaie nationale malgré le mécanisme des taux de change (MTC).
Cette fragilité de l'écu fut accentuée par la tendance de certains pays à financer leur dette publique à partir du marché de l'écu. Cette pratique fut ensuite éliminée par l'interdiction faite aux banques centrales d'offrir des
découverts* à leurs gouvernements. Néanmoins, l'écu conserva sa réputation de monnaie faible dans les pays à monnaie forte. - Le coût élevé des transactions bancaires.
L'écu privé était créé par des banques privées et non émis par une banque centrale. Il n'existait donc pas de
prêteur en dernier ressort*, comme c'était le cas pour les monnaies nationales, ce qui créa un certain risque de découvert, bien que toutes les précautions fussent prises pour assurer la stabilité du système. Ce risque, lié à un manque de liquidité du marché, entraîna des frais élevés sur les transactions en écu, surtout de faible montant. Le système de compensation de l'ABE ne convenait qu'aux montants élevés.
1.2.2.2.8. Quel rôle le « plan Delors » a-t-il joué dans la construction monétaire européenne ?-
Le « Rapport du comité Delors », était le résultat d'une réflexion d'un groupe d'experts parmi lesquels les douze gouverneurs des banques centrales. Ses conclusions furent soumises par
Jacques Delors*, alors président de la Commission, au Conseil européen de Madrid en 1989. Il proposait une transition progressive vers la monnaie unique en soutien au marché unique. Il révéla la nécessité d'un nouveau traité sur l'Union pour arriver à la monnaie unique. Il démontra que les forces du marché à elles seules ne suffiraient pas à doter la Communauté de cette monnaie. Il demandait des mesures pour assurer une meilleure « convergence » des politiques économiques, et développer le marché de l'écu privé. Il proposa aussi la mise en place d'un « Système européen des Banques Centrales » (SEBC). Il ne fixait pas de dates pour chaque phase d'intégration mais reprenait sous une autre forme les phases du plan Werner.
L'application du plan Delors se retrouve dans les articles 109 F.2. et 109 J.1. du traité sur l'Union européenne qui supposaient un développement continu d'un marché de l'écu jusqu'à l'avènement de la monnaie unique. Cette conception d'évolution naturelle vers la monnaie unique fut finalement abandonnée en faveur du scénario « big-bang » proposé par l'Institut monétaire européen (IME) et la CE, et entériné par le Sommet de Madrid en décembre 1995. Dans ce scénario, l'introduction de la monnaie unique se fait d'un seul coup, avec une période minimale de transition.
1.2.2.2.9. De l'ECU à l'euro : quel rapport ?-
L'ECU cessa d'exister lors de la création de l'euro le 1er janvier 1999. À cette date, l'ensemble des ECU et écus furent convertis en euros au taux de 1 contre 1.
Ni l'ECU, unité de compte, ni l'écu, panier de monnaies, n'étaient des monnaies « à part entière » puisque leur valeur dépendait de celle des composantes, elles seules
possédant un prêteur* en dernier ressort. Peu utilisé dans le commerce, l'écu n'avait donc pas tous les attributs d'une monnaie.
L'euro, en revanche, possède tous ces attributs, en particulier celui de moyen de paiement dans les transactions commerciales et publiques avec les autorités nationales (par exemple pour le règlement des impôts).
Dans les pays qui adoptent l'euro, celui-ci a valeur libératoire et bien sûr existe sous forme de billets et de pièces.
Le cadre institutionnel est différent. En effet, la politique monétaire de l'euro est décidée par la Banque centrale européenne (BCE) dont l'objectif premier est la stabilité des prix.
La différence fondamentale est que l'écu s'ajoutait aux monnaies nationales et n'éliminait donc pas les fluctuations entre elles, alors que l'euro remplace les monnaies nationales, éliminant ainsi complètement le risque de change entre elles.
1.2.2.2.10. Comment un ECU, monnaie panier de douze monnaies nationales, a-t-il pu devenir égal à un euro ?-
Le traité sur l'Union européenne précise - art. 109 L.4. - qu'au moment du passage de l'ECU (dans les versions du traité en langues latines, l'ECU est écrit « écu » , dans toutes les autres langues le traité se réfère à « ECU ») à l'écu monnaie à part entière, c'est-à-dire l'euro, « cette mesure ne modifie pas en soi la valeur externe de "l'écu" (appelé euro) » (voir question 4.3.).
En fait, le jour de sa conversion en euro, l'ECU, qui avait une contre-valeur dans une monnaie non-européenne, par exemple le dollar, fut déconnecté de ses composantes, mais garda sa valeur par rapport à cette monnaie externe. Si l'ECU avait valu 1 USD au 31 décembre 1998 à minuit, l'euro eut été égal à 1 USD le 1er janvier 1999.
Cela permettait aux monnaies composantes de fixer leurs taux de conversion par rapport à l'euro sans pour autant perturber les marchés financiers de la monnaie européenne. Ce taux de 1 contre 1 entre ECU et euro fut confirmé par le cadre juridique de l'euro approuvé par les chefs d'État et de gouvernement en décembre 1996 à Dublin. Il se situait dans la ligne des conversions qui ont parsemé l’histoire de la construction monétaire européenne : à chaque étape, la nouvelle unité monétaire s'est échangée de 1 à 1 avec l'ancienne. Ainsi de l'UCE à l'UC, de l'UC à l'ECU (unité de compte) et donc de l'ECU à l'euro. Dans le passé déjà, l'ECU n'était pas affecté par l'appartenance ou non de la GBP au mécanisme de change du SME. Il n'y a donc rien d'étonnant à l'équivalence entre ECU et euro, quelles que soient les monnaies remplacées par l'euro.
Pour rassurer les médias et les marchés, la Banque européenne d'investissement (BEI) décida d’assortir explicitement l'emprunt de 500 millions d'écus émis en 1996 d'une garantie de conversion d'un ECU pour un euro. En janvier 1997, la BEI s'était même présentée sur le marché avec le premier emprunt libellé en euro (1 milliard à 7 ans). Elle a fait de même avec plusieurs emprunts libellés en monnaie d'un État membre, assortis d'une clause de conversion en euro au taux fixé lors de l'entrée du pays dans l'UEM.
Plusieurs organes publics, dont la CE et la BEI d'ailleurs, avaient confirmé publiquement que l'ensemble de leurs dettes en ECU serait converti dès le 1er janvier 1999 au taux de 1 ECU pour 1 euro, même lorsque cette garantie n'était pas explicitement mentionnée.
1.2.2.2.11. En quoi le phénomène de l'écu fut-il important pour la monnaie unique européenne ?-
Un ECU fut échangé pour un euro, en conformité avec le principe de continuité de l'unité monétaire européenne respecté depuis le lancement de l'UCE en 1950 et de l'UCE-panier en 1975. Sans l'ECU, la valeur future approximative des monnaies nationales en euro n'aurait pas pu être estimée. Son existence permet aussi de mieux apprécier l'évolution des taux de change de l'ensemble des monnaies européennes et de l'euro par rapport aux monnaies externes pour les années précédant le lancement de l’euro.
L'ECU était fréquemment utilisé non seulement par les institutions européennes mais aussi par la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), et pour leurs compensations internationales, par exemple par les chemins de fer de vingt pays européens, dans les secteurs des télécommunications et de la marine.
L'écu fut révélateur de l'engagement du secteur privé dans la marche vers la monnaie unique. Il démontra le besoin d'une monnaie commune en Europe et notamment d'un grand marché des capitaux. Il fut aussi un symbole, au sein de l'Union, de la solidarité Nord-Sud, principe fondateur du traité de Rome.
Un économiste américain renommé qualifia l’écu d’innovation financière la plus remarquable de la seconde moitié du XXème siècle. L’audace qui caractérisa son lancement annonçait celle qui prévalu lorsque les 15 pays membres de l’Union européenne s’engagèrent dans l’aventure innovatrice qui consista à remplacer leur monnaie nationale par l’euro.
Les graves perturbations du marché de l'écu en 1992 et 1993 démontrèrent aussi l'importance d'une gestion saine des finances publiques et d'une convergence renforcée des politiques économiques des États membres de l'Union en vue d'une monnaie future fiable. Elles mirent aussi en évidence le danger d'un manque de soutien populaire à toute construction monétaire européenne.
En conclusion, l'écu constitua une étape importante dans le processus d'intégration monétaire en Europe.
Pour plus d'informations, le site des
archives de l'euro : www.ecu-activities.be
Euro birth and life, European Parliament Fact sheets.
1.2.2.3. Vom EWS zur Europäischen Wirtschafts- und Währungsunion
1.2.2.2.1. L'ECU officiel : une monnaie panier ?-
On appelait ECU officiel l'unité de compte/monnaie utilisée dans le cadre du SME. Il a succédé à l'UCE-panier au taux de 1 à 1. Sa valeur était ensuite calculée périodiquement par la CE en fonction des taux de change des monnaies composantes. La nouvelle monnaie-panier était composée d'une quantité fixe de chaque monnaie d'États membres de la CEE. Elle correspondait en principe au poids relatif de l'économie et de la population de chaque pays dans la CEE. La composition était révisable tous les cinq ans jusqu'au 1er novembre 1993, date d'entrée en vigueur du traité sur l'Union européenne qui succède au traité instituant la CEE.
Composition de l'ECU-panier
© Promeuro - Illustration 1.2.2.aAvant cette date, chaque fois qu'un pays rejoignait l'Union, sa monnaie nationale était intégrée dans le panier, ce qui provoquait une incertitude quant à la valeur future de l'ECU. L'article 109 G du traité sur l’Union européenne a gelé sa composition aux 12 monnaies des pays alors membres. C'est pourquoi les monnaies des 3 États membres entrés dans l'Union en 1995 - Autriche, Finlande et Suède - n'étaient pas représentées dans l'ECU.
1.2.2.2.2. Qu'est-ce que l'écu privé ?-
En 1982, une banque commerciale - la filiale dans le grand-duché de Luxembourg de la Kredietbank - décida d'émettre des obligations libellées en ECU. Plutôt que de souscrire à ces emprunts en monnaies nationales, que la banque aurait ensuite converties en ECU, les souscripteurs purent, avec l'accord de la Banque des règlements internationaux (BRI), ouvrir un compte en ECU et ainsi traiter directement dans cette monnaie. Les deux premières obligations en ECU furent émises pour le compte de la Société financière pour les télécommunications et l'électronique - Gruppo Telecom Italia (Sofete SA) - et de la Banque européenne d'investissement (BEI). Ainsi l'ECU devint plus qu'une unité de compte. Il devint aussi réserve de valeur appelée « écu privé » écrit en minuscules pour le distinguer de l'ECU officiel. C'était une mesure de valeur utilisée dans des contrats commerciaux et financiers. Sa composition était égale à celle de l'ECU officiel. Sa valeur était déterminée par l'offre et la demande de l'écu sur les marchés financiers.
Son cours pouvait donc s'écarter légèrement de celui de l'ECU officiel. Le delta mesurait la différence entre l'ECU officiel et l'écu privé : il a dépassé durablement - 1 % entre fin 1994 et début 1996. Le delta mesurait en quelque sorte la confiance des marchés dans la monnaie européenne ; il n'a été régulièrement positif que de mi-1997 à décembre 1999.
Il est à noter qu'au cours des tourmentes financières qui ont gravement secoué les marchés financiers européens en 1992 et 1993, les définitions de l'ECU officiel et de l'écu privé n'ont jamais été mises en doute, ni officiellement, ni sur les marchés privés.
Évolution du delta de l'écu
© Promeuro - Illustration 1.2.2.b
1.2.2.2.3. L'écu : comment était-il créé ?-
L'écu était créé par les banques via des opérations de crédit qu'elles s'accordaient. En l'absence d'une Banque centrale européenne, la
compensation* entre positions créditrices et débitrices en écu était effectuée par l'Association bancaire pour l'écu (ABE), avec la collaboration technique de la Banque des règlements internationaux (BRI). La transmission des messages était assurée par le réseau Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication).
Le Système comportait 46 banques de compensation. Les
banques « correspondantes » qui n'en étaient pas membres, devaient passer leurs ordres de paiement par l'intermédiaire d'une banque de compensation. En outre, les non-banques (caisses d'épargne, services de comptes chèques postaux) devaient nécessairement passer par une banque.
Volume des compensations de l'écu par l'ABE
© Promeuro - Illustration 1.2.2.cPour plus d'informations sur la Société mondiale de télécommunications financières interbancaires, le site de
SWIFT : http:\\www.swift.com Pour plus d'information sur l'« Euro Banking Association », le site de
l'ABE :http://www.abe.org
1.2.2.2.4. Le marché de l'écu était-il bien réel ?-
L'absence de billets et pièces en écu le rendait abstrait. Il n'existait que sous forme
scripturale*. Chacun pouvait, par exemple, ouvrir un compte bancaire courant en écu à partir duquel toutes les opérations financières habituelles étaient possibles, comme pour les monnaies nationales, qui d’ailleurs, sont aussi de nature largement scripturale plutôt que
fiduciaire*. Le marché de l'écu existait bel et bien et sa taille était loin d'être négligeable. En 1992, l'écu était en passe de devenir la troisième monnaie la plus importante au monde (après l'USD et le DEM) sur les marchés obligataires. Jusqu'en 1998, le montant compensé quotidiennement par l'ABE était d'environ 50 milliards d'écus.
1.2.2.2.5. L'écu était-il une monnaie de plein droit ?-
Une monnaie doit posséder trois attributs : être à la fois unité de compte, réserve de valeur (épargne) et
moyen de paiement*.
L'ECU était l'unité de compte officielle de l'UE depuis 1979, également utilisée par de nombreuses entreprises publiques ou privées (Fiat, Alcatel, Amadeus, Eutelsat, Merck, etc.) pour établir leurs comptes, comme prix de référence dans leurs facturations et pour régler des fournisseurs. La plupart des sociétés de chemins de fer et de télécommunications européennes avaient recours à l'ECU dans leurs relations internationales.
Il jouait aussi son rôle de réserve de valeur comme le montre son développement sur les marchés financiers. De nombreux produits financiers en écu étaient disponibles : obligations, contrats à terme, options, swaps, papier commercial, certificats de dépôt. Chacun pouvait ouvrir un compte bancaire en écu, émettre des eurochèques en écu ou utiliser une carte de crédit libellée en écu.
Toutefois, l'utilisation de l'écu comme moyen de paiement dans les transactions commerciales connut un développement négligeable. Il ne pouvait être utilisé que si les deux parties étaient d'accord. C'est ce manque d'utilisation dans les transactions commerciales qui réduisait son degré monétaire (en anglais : « moneyness »).
Remarque.- Comme la plupart des monnaies étrangères, l'écu, qui n'existait pas sous
forme fiduciaire*, n'avait pas de
valeur libératoire*. Il était cependant convertible en monnaies ayant
valeur libératoire* : dans une banque, on échangeait vos avoirs en écu dans la monnaie que vous souhaitiez.
1.2.2.2.6. Quels étaient les avantages de l'écu ?-
- La neutralité.
Dans une transaction internationale, surtout entre pays dont les monnaies entraient dans sa composition, l'écu dispensait du choix entre la monnaie de l'acheteur et celle du vendeur, et répartissait plus équitablement le risque de change.
De même, un investisseur qui achetait des actifs financiers européens s'épargnait le choix entre plusieurs devises. Grâce aux titres en écu, il pouvait jouer l'Europe. Ceci était particulièrement vrai pour les investisseurs non européens qui connaissaient mal chacun des pays européens. De plus, il existait en écu une large gamme de produits financiers qui faisait défaut dans certaines devises nationales.- La simplification.
L'écu améliorait la transparence des prix, en facilitant la comparaison des prix des marchandises ou services provenant de divers pays. En utilisant l'écu, une multinationale pouvait simplifier sa gestion de trésorerie et donc réaliser une économie.
- La stabilité.
Grâce à son rattachement à l'ECU-panier et au SME, qui limitaient les variations de taux de change des monnaies participantes, l'écu bénéficiait d'une plus grande stabilité que les devises nationales dont les fluctuations entre elles, à court terme, pouvaient être importantes (voir illustration 1a).
- La réduction des coûts des transactions.
Utilisé par un grand nombre d'acteurs, l'écu aurait permis de réduire les frais de change. En effet, si de plus en plus d'achats et de ventes avaient été libellés en écu, il se serait produit de facto une compensation entre les sommes à payer et à recevoir, le marché aurait gagné en liquidité et les frais de change auraient diminué. Cette évolution dépendait du nombre d'utilisateurs et du coût imposé par les banques sur les transferts en écus.
1.2.2.2.7. Quelles étaient les lacunes de l'écu ?-
- L'absence de base territoriale.
Sans marché domestique, l'écu était partout une devise étrangère, ce qui limitait le nombre d'utilisateurs finals. Comme il n'avait pas de cours légal, nul n'était tenu d'accepter le règlement d'une dette en écus. Peu l'utilisaient : à quoi bon disposer d'un téléphone si les autres en sont dépourvus ?- La complication de la monnaie parallèle.
C'était une 13e ou 16e monnaie dans l'Union. Il n'existait ni pièces ni billets en écu. Les pièces frappées du nom « écu » sont des médailles destinées aux numismates ; elles n'ont qu'une valeur d'article de collection et pas de valeur libératoire.
Si l'écu pouvait être utilisé dans certaines transactions, pour d'autres, par exemple pour payer les impôts, les taxes, les matières ou les services dont le prix officiel était fixé en monnaie nationale (essence, énergie, eau, transports en commun, etc.), il fallait obligatoirement recourir aux monnaies nationales. Dans la plupart des pays, une société devait émettre son capital social et présenter ses comptes en monnaie nationale.- Le risque de change.
Malgré la stabilité de l'écu à court terme, un risque de change persistait. Comme monnaie panier, l'écu se dévaluait nécessairement par rapport aux monnaies « fortes » et se réévaluait par rapport aux monnaies « faibles ». Les investisseurs de pays à monnaie forte étaient confrontés à un risque de dépréciation de leur épargne en écu alors que les emprunteurs des pays à monnaie faible risquaient de voir s'apprécier leur dette, convertie en monnaie nationale malgré le mécanisme des taux de change (MTC).
Cette fragilité de l'écu fut accentuée par la tendance de certains pays à financer leur dette publique à partir du marché de l'écu. Cette pratique fut ensuite éliminée par l'interdiction faite aux banques centrales d'offrir des
découverts* à leurs gouvernements. Néanmoins, l'écu conserva sa réputation de monnaie faible dans les pays à monnaie forte. - Le coût élevé des transactions bancaires.
L'écu privé était créé par des banques privées et non émis par une banque centrale. Il n'existait donc pas de
prêteur en dernier ressort*, comme c'était le cas pour les monnaies nationales, ce qui créa un certain risque de découvert, bien que toutes les précautions fussent prises pour assurer la stabilité du système. Ce risque, lié à un manque de liquidité du marché, entraîna des frais élevés sur les transactions en écu, surtout de faible montant. Le système de compensation de l'ABE ne convenait qu'aux montants élevés.
1.2.2.2.8. Quel rôle le « plan Delors » a-t-il joué dans la construction monétaire européenne ?-
Le « Rapport du comité Delors », était le résultat d'une réflexion d'un groupe d'experts parmi lesquels les douze gouverneurs des banques centrales. Ses conclusions furent soumises par
Jacques Delors*, alors président de la Commission, au Conseil européen de Madrid en 1989. Il proposait une transition progressive vers la monnaie unique en soutien au marché unique. Il révéla la nécessité d'un nouveau traité sur l'Union pour arriver à la monnaie unique. Il démontra que les forces du marché à elles seules ne suffiraient pas à doter la Communauté de cette monnaie. Il demandait des mesures pour assurer une meilleure « convergence » des politiques économiques, et développer le marché de l'écu privé. Il proposa aussi la mise en place d'un « Système européen des Banques Centrales » (SEBC). Il ne fixait pas de dates pour chaque phase d'intégration mais reprenait sous une autre forme les phases du plan Werner.
L'application du plan Delors se retrouve dans les articles 109 F.2. et 109 J.1. du traité sur l'Union européenne qui supposaient un développement continu d'un marché de l'écu jusqu'à l'avènement de la monnaie unique. Cette conception d'évolution naturelle vers la monnaie unique fut finalement abandonnée en faveur du scénario « big-bang » proposé par l'Institut monétaire européen (IME) et la CE, et entériné par le Sommet de Madrid en décembre 1995. Dans ce scénario, l'introduction de la monnaie unique se fait d'un seul coup, avec une période minimale de transition.
1.2.2.2.9. De l'ECU à l'euro : quel rapport ?-
L'ECU cessa d'exister lors de la création de l'euro le 1er janvier 1999. À cette date, l'ensemble des ECU et écus furent convertis en euros au taux de 1 contre 1.
Ni l'ECU, unité de compte, ni l'écu, panier de monnaies, n'étaient des monnaies « à part entière » puisque leur valeur dépendait de celle des composantes, elles seules
possédant un prêteur* en dernier ressort. Peu utilisé dans le commerce, l'écu n'avait donc pas tous les attributs d'une monnaie.
L'euro, en revanche, possède tous ces attributs, en particulier celui de moyen de paiement dans les transactions commerciales et publiques avec les autorités nationales (par exemple pour le règlement des impôts).
Dans les pays qui adoptent l'euro, celui-ci a valeur libératoire et bien sûr existe sous forme de billets et de pièces.
Le cadre institutionnel est différent. En effet, la politique monétaire de l'euro est décidée par la Banque centrale européenne (BCE) dont l'objectif premier est la stabilité des prix.
La différence fondamentale est que l'écu s'ajoutait aux monnaies nationales et n'éliminait donc pas les fluctuations entre elles, alors que l'euro remplace les monnaies nationales, éliminant ainsi complètement le risque de change entre elles.
1.2.2.2.10. Comment un ECU, monnaie panier de douze monnaies nationales, a-t-il pu devenir égal à un euro ?-
Le traité sur l'Union européenne précise - art. 109 L.4. - qu'au moment du passage de l'ECU (dans les versions du traité en langues latines, l'ECU est écrit « écu » , dans toutes les autres langues le traité se réfère à « ECU ») à l'écu monnaie à part entière, c'est-à-dire l'euro, « cette mesure ne modifie pas en soi la valeur externe de "l'écu" (appelé euro) » (voir question 4.3.).
En fait, le jour de sa conversion en euro, l'ECU, qui avait une contre-valeur dans une monnaie non-européenne, par exemple le dollar, fut déconnecté de ses composantes, mais garda sa valeur par rapport à cette monnaie externe. Si l'ECU avait valu 1 USD au 31 décembre 1998 à minuit, l'euro eut été égal à 1 USD le 1er janvier 1999.
Cela permettait aux monnaies composantes de fixer leurs taux de conversion par rapport à l'euro sans pour autant perturber les marchés financiers de la monnaie européenne. Ce taux de 1 contre 1 entre ECU et euro fut confirmé par le cadre juridique de l'euro approuvé par les chefs d'État et de gouvernement en décembre 1996 à Dublin. Il se situait dans la ligne des conversions qui ont parsemé l’histoire de la construction monétaire européenne : à chaque étape, la nouvelle unité monétaire s'est échangée de 1 à 1 avec l'ancienne. Ainsi de l'UCE à l'UC, de l'UC à l'ECU (unité de compte) et donc de l'ECU à l'euro. Dans le passé déjà, l'ECU n'était pas affecté par l'appartenance ou non de la GBP au mécanisme de change du SME. Il n'y a donc rien d'étonnant à l'équivalence entre ECU et euro, quelles que soient les monnaies remplacées par l'euro.
Pour rassurer les médias et les marchés, la Banque européenne d'investissement (BEI) décida d’assortir explicitement l'emprunt de 500 millions d'écus émis en 1996 d'une garantie de conversion d'un ECU pour un euro. En janvier 1997, la BEI s'était même présentée sur le marché avec le premier emprunt libellé en euro (1 milliard à 7 ans). Elle a fait de même avec plusieurs emprunts libellés en monnaie d'un État membre, assortis d'une clause de conversion en euro au taux fixé lors de l'entrée du pays dans l'UEM.
Plusieurs organes publics, dont la CE et la BEI d'ailleurs, avaient confirmé publiquement que l'ensemble de leurs dettes en ECU serait converti dès le 1er janvier 1999 au taux de 1 ECU pour 1 euro, même lorsque cette garantie n'était pas explicitement mentionnée.
1.2.2.2.11. En quoi le phénomène de l'écu fut-il important pour la monnaie unique européenne ?-
Un ECU fut échangé pour un euro, en conformité avec le principe de continuité de l'unité monétaire européenne respecté depuis le lancement de l'UCE en 1950 et de l'UCE-panier en 1975. Sans l'ECU, la valeur future approximative des monnaies nationales en euro n'aurait pas pu être estimée. Son existence permet aussi de mieux apprécier l'évolution des taux de change de l'ensemble des monnaies européennes et de l'euro par rapport aux monnaies externes pour les années précédant le lancement de l’euro.
L'ECU était fréquemment utilisé non seulement par les institutions européennes mais aussi par la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), et pour leurs compensations internationales, par exemple par les chemins de fer de vingt pays européens, dans les secteurs des télécommunications et de la marine.
L'écu fut révélateur de l'engagement du secteur privé dans la marche vers la monnaie unique. Il démontra le besoin d'une monnaie commune en Europe et notamment d'un grand marché des capitaux. Il fut aussi un symbole, au sein de l'Union, de la solidarité Nord-Sud, principe fondateur du traité de Rome.
Un économiste américain renommé qualifia l’écu d’innovation financière la plus remarquable de la seconde moitié du XXème siècle. L’audace qui caractérisa son lancement annonçait celle qui prévalu lorsque les 15 pays membres de l’Union européenne s’engagèrent dans l’aventure innovatrice qui consista à remplacer leur monnaie nationale par l’euro.
Les graves perturbations du marché de l'écu en 1992 et 1993 démontrèrent aussi l'importance d'une gestion saine des finances publiques et d'une convergence renforcée des politiques économiques des États membres de l'Union en vue d'une monnaie future fiable. Elles mirent aussi en évidence le danger d'un manque de soutien populaire à toute construction monétaire européenne.
En conclusion, l'écu constitua une étape importante dans le processus d'intégration monétaire en Europe.
Pour plus d'informations, le site des
archives de l'euro : www.ecu-activities.be
Euro birth and life, European Parliament Fact sheets.